Mixité professionnelle : une utopie ? Du RSA à des métiers « d’hommes »

Alors que Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, propose de plafonner le cumul des minima sociaux et de faire travailler gratuitement un public majoritairement féminin, les allocataires du RSA, EGALITE revient sur une initiative du Conseil général des Bouches-du-Rhône qui a accompagné des femmes au RSA vers l’emploi.

En 2006, l’Observatoire du droit des femmes (ODF) et de l’égalité des chances des Bouches-du-Rhône (*) a fait réaliser une étude sur les freins à l’emploi des femmes dans le département. Un des enseignements de cette étude, réalisée par le Credoc, était que l’absence de mixité des formations et des professions était un des obstacles les plus récurrents et les plus résistants à l’emploi des femmes.

Sur le modèle de la région Bourgogne et de l’Espagne, l’ODF a alors initié, en novembre 2009, une action expérimentale sur 100 femmes au RSA vivant dans le département. Ce projet, financé en partie sur des fonds européens, a été réalisé en partenariat avec la Direction de l’insertion du Conseil général 13 et la Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité (DRDFE).

Le projet qui a duré 15 mois avait pour finalité de remettre ces femmes sur le marché du travail dans des métiers culturellement réservé aux hommes.

Il a d’abord fallu sensibiliser les accompagnateurs à l’emploi (personnels de Pôle emploi et d’organismes locaux – DAE dispositifs d’accompagnement à l’emploi du Conseil général 13 et les PLIE, Plans locaux d’insertion vers l’économie) sur les questions d’égalité de genre et de mixité professionnelle. « Des résistances existaient, explique Geneviève Couraud, présidente de l’ODF à l’origine du projet. Certain-es pensaient que nous allions envoyer ces femmes fragilisées sur des métiers qui leur serait impossible d’assumer. » C’est le Centre d’information sur les femmes et les familles (CIDFF) phocéen qui a été chargé de réaliser cette formation de sensibilisation au genre et d’accompagner les femmes.

Et il a fallu persuader les femmes dont les familles étaient assez réticentes à cette idée qu’elles pouvaient devenir maçonnes ou cheffes de sécurité. Fragilisées, vivant des problèmes psychologiques, de santé, de logement ou familiaux, toutes ont reçu un suivi psychologique, social, sanitaire… Un accord a même été trouvé avec la caisse d’allocations familiales pour trouver des places dans des crèches, la garde des enfants étant également un des obstacles au retour à l’emploi des mères de famille.

Le BTP, la sécurité, la boucherie aussi aiment les femmes

Les métiers masculins sont un gisement d’emploi pour les femmes. Certains métiers qui sont en sous effectif l’ont compris, comme le BTP (voir notre article). Dans les Bouches-du-Rhône, les entreprises du bâtiment se sont organisées pour les accueillir, elles ont créé des toilettes, des vestiaires séparés ainsi que des système de parrainage par des retraités. Les métiers de la sécurité sont également intéressés par la mixité de leur profession. Les employeurs reconnaissent que les femmes ont un rôle spécifique à jouer, qu’elles apportent le dialogue et sont plus matures. Ils apprécient leur présence, qui, souvent, désamorce les tensions.

Fatiha Achour était une de ces femmes au RSA. La trentaine, maman d’une petite fille, elle est aujourd’hui en contrat d’apprentissage dans le rayon boucherie d’une grande surface. Avant sa période de RSA, elle travaillait dans le secteur du nettoyage industriel où les horaires sont totalement incompatibles avec un rôle de jeune maman. Fatiha espère obtenir son CAP et enchaîner sur un CDI. Elle rétorque à ceux s’étonnent de la voir, elle, petit gabarit, dans ce métier « réservé » aux hommes : « Un agneau pèse 15 kg, c’est le poids de ma fille ! »

« Notre objectif était de de trouver un emploi à 60% de ces femmes, explique Geneviève Couraud. Les résultats sont allés au-delà de nos espérances. Sur ces 100 femmes, 90 sont aujourd’hui en stage, en formation ou embauchées. » Un exemple à suivre.

Caroline Flepp – EGALITE

(*) L’Observatoire du droit des femmes et de l’égalité des chances (ODF-13) est une mission d’étude, d’observation, de réflexion et de propositions sur la problématique de la condition féminine dans le département des Bouches-du-Rhône.