Tribunes « La gestation pour autrui est-elle la réponse au désir d’enfant des homosexuel-le-s ? »

Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT de Paris et Ile-de-France

Orientation sexuelle et désir d’enfant

Si plutôt que d’homoparentalité, nous parlions de parentalité. En effet, si l’orientation sexuelle des parents est homosexuelle, la parentalité elle ne l’est pas car le lien qui unit les parents à leur enfant est un lien d’amour universel.

Le désir d’enfant, on l’a ou pas, il n’est en rien lié à son orientation sexuelle.

Des couples hétérosexuels mettent des enfants au monde sans nécessairement se poser beaucoup de questions, c’est une des normes de réussite sociale les plus valorisées. De même, des couples homosexuels ne conçoivent pas leur vie sans enfants.
Le désir d’enfant peut être passager ou pérenne, relever du fantasme ou forger un authentique projet de vie. Les motivations sont aussi diverses que pour les personnes hétérosexuelles : envie de s’accomplir en éduquant et en transmettant des valeurs, besoin impérieux de se reproduire et laisser une trace de soi sur terre ou encore perméabilité à la pression sociale, etc.
Tout dépend de son histoire personnelle et familiale, de sa vie et de ses rencontres et chacun est libre de ses choix de vie.

Dans tous les cas, la plupart des lesbiennes et des gays qui mettent des enfants au monde, y tiennent énormément et sont prêts à surmonter tous les obstacles.
En outre, il est désormais démontré que leurs enfants sont aussi heureux que les autres, aussi, en douter relève clairement de la lesbophobie et de l’homophobie.

Désir d’enfant et procréation homosexuelle

Simple constat : en matière de procréation, il n’y a pas de symétrie entre les hommes et les femmes et pour l’instant, les hommes ne portent pas les enfants.

Cette asymétrie signifie que la conception est plus facile pour les lesbiennes puisqu’il suffit aux femmes d’un rapport sexuel ou un don de sperme, alors que les gays ne peuvent concevoir entre eux, sans l’implication déterminante d’une femme. Rappelons néanmoins que la PMA ou AMP (l’aide médicale à la procréation comme l’insémination) n’est toujours pas ouvertes aux femmes seules ni aux couples de lesbiennes en France, alors qu’elle l’est dans plusieurs pays européens. Les députés avaient ces derniers jours l’occasion d’y remédier alors qu’un amendement du groupe SRC (socialiste, radical, citoyen et divers gauche), adopté par le Sénat, venait en seconde lecture à l’Assemblée nationale, ils l’ont rejeté et ont, sans grande surprise, maintenu cette discrimination.

Des lesbiennes vivent d’ailleurs mal cette asymétrie, culpabilisent et opèrent un raccourci en parallélisant l’AMP et la GPA (gestation pour autrui), alors qu’il ne s’agit en rien de moyens comparables.
Les gays sont généralement parents parce qu’ils ont eu des enfants d’une relation hétérosexuelle ou parce qu’ils se sont engagés dans un projet de coparentalité avec une femme ou avec un couple de lesbiennes ou bien encore, parce qu’ils ont adopté.

Ceci laisse tout de même un certain nombre de possibilités, mais, les projets de coparentalité ne sont pas toujours si simples à mettre en place et il arrive parfois qu’ils se passent mal. Le plus souvent, ce sont de bien belles histoires qui placent l’enfant au cœur de plusieurs parents ou couples de parents qui tous, veillent sur lui.

L’adoption est une forme de parentalité particulièrement généreuse et désintéressée qui consiste à transmettre de l’amour, de l’attention et de la réparation plutôt qu’un patrimoine génétique. Toutefois, les possibilités d’adopter sont trop rares et en France, l’adoption n’est toujours pas ouverte aux couples de même sexe.

Il serait d’ailleurs temps que la question de l’adoption devienne un véritable sujet de société et que les nécessaires évolutions, en France mais aussi au plan international, soient défendues avec autant de conviction que la GPA.

Procréation homosexuelle et gestation pour autrui