Société Le Grand Duel, un jeu rigolo pour combattre les stéréotypes sexistes

Le Grand DuelLes filles n’ont aucun sens de l’orientation, le foot c’est un sport de mec, les filles sont pleurnicheuses, les garçons menteurs, les filles sont forcément sentimentales, les garçons plus forts en maths, les filles n’aiment jouer qu’aux poupées barbies, les garçons ont plus d’humour… On continue ?

Amandine Trizac et Sania Radosavljevic sont parties en guerre contre les stéréotypes sexistes et proposent aux enfants de 8 à 12 ans de se confronter de façon ludique. Pour les aider à se construire en tant qu’individus et ne plus rester cantonnés aux activités censées être dévolues à leur sexe.

Les deux jeunes femmes ont créé le jeu qui manquait aux enfants de l’école élémentaire pour abattre les cases dans lesquels on continue à enfermer les filles et les garçons.

45 fiches pour déconstruire les idées reçues

Chacune des 45 fiches qui constituent le jeu Le Grand Duel énonce une idée reçue sur le sport, la danse, le sens de l’orientation, le maquillage, le monde des héros, les mathématiques, la magie, la conquête de l’espace, la poésie, l’humour, la cuisine, etc.

L’histoire du stéréotype en question est développé au verso de la fiche. Au recto, on propose aux enfants, filles et garçons, un jeu qui consiste à s’affronter à grand renfort de papiers, crayons, ficelles, imagination, chronomètre… sur ce même thème. Ainsi, la fiche n° 19 décrit le métier d’ambassadrice-ambassadeur, qui se féminise lentement. Au verso, les enfants sont invités à tour de rôle à jouer à l’ambassadrice-ambassadeur d’un pays imaginaire, à décrire le pays en question et à rédiger un déclaration de non guerre. Celle ou celui qui a le plus d’arguments en faveur de la paix a gagné.

Le Grand Duel est une façon ludique de faire comprendre aux garçons qu’ils peuvent être de bons danseurs et ont le droit de ne pas aimer le foot et aux filles qu’elles peuvent être astronautes et ont le droit de ne pas aimer sauter à la corde.

Pousser filles et garçons à dépasser leurs limites, à inventer, à déconstruire pour faire ce qui les intéresse, les tente, et non ce qu’ils sont censés faire et aimer en tant que filles ou garçons, c’est tout l’enjeu de ce jeu.

Bleu pour les filles, rose pour les garçons ?

« Il s’agissait pour nous de faire travailler l’imagination des enfants, de les inciter à créer, explique Amandine Trizac. Les magasins de jouets sont tellement déprimants… Lorsque l’on achète un jeu, les vendeurs demandent systématiquement le sexe de l’enfant et sont déstabilisés lorsqu’on refuse de leur répondre. »

Amandine Trizac et Sania Radosavljevic connaissent leurs classiques, elles ont lu Elena Beloti (1) et Sylvie Cromer (2) et apprécient la maison d’édition Talents hauts (3). Elles se sont rencontrées à Paroles de femmes, une association membre de la Fédération nationale solidarité femmes. Elles y travaillaient toutes les deux, animant des formations dans les écoles, les centres de formation, les maisons de quartier sur la prévention contre les comportements et violences sexistes et ressentaient le manque d’outils pour toucher les enfants et sensibiliser les parents. Elles ont inventé le jeu qui nous manquait, un jeu essentiel car il pose les bases des fondamentaux anti-sexistes.

Edité par Milan, Filles/Garçons, et illustré par Zelda Zonk, le jeu est en vente depuis la fin du mois de mai.

Les deux auteures du Grand Duel ont d’autres idées pour diffuser la culture de l’égalité, celles de décliner leurs idées en jeux pour les tous petits et les ados.

Caroline Flepp – EGALITE

(1) Elena Beloti est auteure, entre autres, de l’ouvrage Du côté des petites filles.

(2) Sylvie Cromer, sociologue, mène des travaux sur la violence faite aux femmes et les représentations sociales sexuées dans les vecteurs de socialisation : littérature de jeunesse, presse magazine, manuels scolaires…

(3) Talents hauts défend deux lignes éditoriales : la lecture bilingue français/anglais sans traduction et la lutte pour l’égalité des sexes.