Les hommes, des féministes comme les autres Le réseau Zéromacho : des hommes qui ne vont pas au bois

Détail de l'illustration du manifeste "Nous n'irons pas au bois"

« Comme 90 % des hommes nous n’allons pas aux « putes », et nous disons pourquoi ». C’est le titre du communiqué de presse du nouveau réseau Zéromacho, demandant, dans une lettre ouverte, aux député-e-s de voter le 6 décembre la proposition de résolution réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution.

Adoptée à l’unanimité hier, la résolution n’est qu’une déclaration de principe – il n’est pas certain que les député-e-s votent par la suite son application concrète. Cette discussion a ouvert une fenêtre médiatique dont a profité Zéromacho.

Ce nouveau réseau d’hommes propose de signer le manifeste « Nous n’irons pas au bois » sur son site mis en ligne vendredi dernier. Cette action prend la suite d’une initiative engagée dès 2004 par des hommes féministes, qui avaient déjà signés un précédent manifeste, proposé par l’historienne Florence Montreynaud.

Le projet collectif est porté par Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Patric Jean, réalisateur (notamment de La Domination masculine) et Frédéric Robert, gérant d’une PME. Le manifeste a été signé par 200 hommes d’Allemagne, de Belgique, du Canada, du Costa Rica, d’Espagne, de Finlande, de France, de Géorgie, de Hongrie, d’Israël, d’Italie, de Lettonie, de Norvège, du Portugal, du Royaume-Uni, de Suisse et de Turquie.

La majorité silencieuse

Nous nous étions déjà interrogé-e-s sur cette majorité silencieuse, lors d’une interview que nous avait accordée Florence Montreynaud le 21 juillet dernier, Les vrais hommes ne paient pas pour ça, dans laquelle elle nous expliquait son action et les motivations des non-clients qu’elle avait rencontrés et qui avaient signé son manifeste :

« Certains ont beau répéter que « tous les hommes vont aux putes », que c’est « normal », que cela fait partie de la « virilité », ils ne parlent que d’eux, et sans doute plaident-ils pour eux. J’ai voulu écouter les autres, ceux dont on ignore l’existence, parce qu’on ne les entend nulle part, parce qu’ils n’en parlent pas, parce que personne ne les a jamais interrogés. […] Pour eux, virilité ne se conjugue pas avec prostitution. »

« Nous sommes une grande majorité d’hommes à ne pas recourir à la prostitution, mais notre voix est rarement entendue, explique Frédéric Robert, l’un des trois porte-parole du réseau. Nous ne cherchons pas le rapport de force, nous n’exprimons pas de colère. Nous voulons nous poser comme témoins ».

Avant d’ajouter : « Nous ne sommes ni militants, ni experts. Juste des « monsieur tout-le-monde ». »

Une non-expertise pourtant démentie par les arguments en faveur du vote de la résolution dans la lettre ouverte aux député-e-s. Et en premier lieu, celui de « mettre fin à des mythes sans fondement », selon lesquels la prostitution serait « un droit de l’homme » ou « une liberté des femmes », ou qui laisseraient entendre que les hommes ont des besoins irrépressibles.

Le réseau préconise notamment de « lutter plus efficacement contre la traite des êtres humains en s’attaquant aussi à la prostitution qui y contribue », et de considérer cette dernière comme une violence grave.

Et enfin de « donner une réponse adéquate à ce problème comme [les député-e-s l’ont fait] précédemment dans cette Assemblée contre l’esclavage, contre la peine de mort, pour le droit à la contraception et à l’avortement, en construisant ainsi une société plus démocratique, plus égalitaire, dotée d’un cadre plus efficace pour lutter contre les violences sexuelles ».

Une position clairement abolitionniste

Une non-expertise également démentie par une position clairement abolitionniste et engagée en faveur de la pénalisation des clients de prostitué-e-s, comme en témoignent les demandes du manifeste, très précises, adressées aux pouvoirs publics. Pour les signataires de Zéromacho, il faut en effet changer de coupable, en ne pénalisant plus les prostitué-e-s, et s’attaquer à la demande, en instituant « une sanction pénale graduée » des « prostitueurs », terme qu’ils jugent plus approprié que « clients ». A l’exemple de la Suède, qui sanctionne l’achat de services sexuels depuis 1999, suivie, en 2009, par la Norvège et l’Islande.

Mais si les hommes du réseau considèrent que pénalisation du client et répression du proxénétisme sont des conditions indispensables à une lutte efficace contre les diverses formes de prostitution, ils les estiment insuffisantes si des alternatives à la prostitution et des actions de prévention sociale, éducatives et sanitaires ne sont pas mises en place « afin de rendre effectif le droit de n’être pas prostitué-e ». Ils insistent également sur l’instauration dès l’école d’une « éducation sexuelle et affective non-sexiste, dans le respect de l’autre, de sa liberté, de ses choix et de ses désirs ».

Moins experte, cependant, la conclusion du communiqué de presse de Zéromacho :

« A la question « Obtenir du plaisir sexuel n’est-il pas l’un des droits de l’homme ? », nous répondons : « Bien sûr, et c’est même pour cela qu’il a inventé la masturbation. Vive l’autogestion ! »»

Catherine Capdeville – EGALITE