Société Les classes de CP et CE1 parisiennes sensibilisées aux stéréotypes de genre

Détail du poster de la campagne « Filles et garçons : cassons les clichés »

L’éducation au genre s’invite dans les classes de CP et CE1 à Paris. La Ligue de l’enseignement lance la campagne « Filles et garçons : cassons les clichés » pour sensibiliser les plus jeunes à la question du genre. 1400 classes de CP et CE1 ont reçu un kit pédagogique.

A l’intérieur de ces kits, on trouve trois livrets : un pour les enseignants, un pour les parents et un pour les élèves ainsi qu’un poster. Le fascicule à destination des professeur-e-s donne des outils pédagogiques pour réaliser des activités. Si ceux-ci veulent approfondir en participant à des spectacles ou projections, ils peuvent contacter la Ligue et construire des parcours sur mesure pour les élèves.

Le livret des élèves est présenté sous forme de jeux : deux ours absolument identiques réalisent diverses activités (lecture, repassage, vélo…). Les enfant sont invités à dire s’ils pensent que c’est Mme ou M. Ours qui s’affaire à la tâche. S’ensuit un débat dans la classe pour confronter les réponses des écoliers.

Noella Germain, enseignante dans le 19e arrondissement, a assisté à plusieurs de ces débats dans les classes : « Ce test a déjà été réalisé dans les années 1990 lors d’une étude sociologique. Nous voulions voir si depuis les choses avaient changé, mais vingt ans après, les résultats sont identiques : c’est Mme Ours qui repasse et l’ours avec des lunettes est identifié comme un homme quand bien même les enfants ont une institutrice qui en porte. »

Les adultes véhiculent tous des clichés malgré eux

Les stéréotypes ont la peau dure et imprègnent toujours aussi fortement les enfants. « Ces stéréotypes contredisent la propre réalité des élèves qui voient leur mère lire ou leur père faire la vaisselle. Ils répondent vite, avec beaucoup d’assurance même si on leur explique qu’il n’y a pas de bonne réponse et qu’ils peuvent choisir les deux ours », ajoute Noella Germain.

Philippe Guez, vice-président de la Ligue de l’enseignement, insiste sur l’importance de délivrer le livret aux parents, même si les élèves ne réalisent pas d’activités en classe : « Les clichés transpirent dans tous les moments de la vie sociale, tous les adultes en véhiculent malgré eux, moi le premier. Il est important d’expliquer aux parents les enjeux de la campagne et de leur dire qu’ils ne sont pas les seuls responsables. L’école l’est aussi. En ne reprenant pas systématiquement les remarques sexistes non intentionnelles, elle entretient l’idée qu’elles sont acceptables. »

Les intervenant-e-s qui ont réalisé les fascicules insistent sur le fait que leur travail n’a pas vocation à édicter une morale ou un code de conduite mais à éveiller chacun à l’éducation au genre. « Nous ne transmettons pas des réponses, nous voulons alerter que nous véhiculons tous des clichés », explique Philippe Guez.

L’opération a d’ores et déjà été menée de manière très ciblée auprès d’élèves allant de la moyenne section de maternelle au collège. Si les activités proposées étaient très différentes, plutôt du théâtre pour les ados, des jeux pour les petits, elles ont rencontré un franc succès dans les classes. « Les enfants se posent très tôt la question du genre. Il arrive que des mères reprochent aux enseignants le fait que leur petit garçon joue à la dinette en classe ! », raconte Philippe Guez.

Aux détracteurs de la campagne, persuadés que les enfants de CP et CE1 ne comprennent pas ce qu’est le genre, nous pouvons désormais répondre qu’il n’est jamais trop tôt.

Louise Gamichon – EGALITE