Les hommes, des féministes comme les autres Grégoire Théry, défenseur résolu de l’abolition de la prostitution

Gregoire Théry

Grégoire Théry est représentant de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) auprès de l’Union européenne. Il est aussi à la tête du Mouvement du nid, association qui travaille auprès des personnes prostituées depuis 70 ans.

Gregoire Théry

Etonnant Grégoire Théry ! Encore bien jeune – il n’a que 28 ans – il donne l’image d’un homme très engagé, très sérieux, très pointu sur un sujet sur lequel les hommes ne sont pas légion, celui de l’abolition de la prostitution.

Etudiant, il passe une année en stage à l’ambassade de France à New-Delhi. En charge d’une étude sur les ONG indiennes, il est frappé par l’efficacité de leurs stratégies de plaidoyer.

En rentrant en France, il rédige un mémoire sur la prostitution, sujet atypique pour un étudiant, et découvre alors le débat entre les abolitionnistes et ce qu’il appelle les libéraux proxénètes. Il s’intéresse au modèle suédois : il a fait son choix, il sera abolitionniste.

En parallèle à l’écriture de son mémoire, Grégoire Théry rencontre le Mouvement du nid et devient bénévole. A l’époque, il y déjà des hommes engagés dans le mouvement. « Mes rencontres avec les prostitué-e-s et les écrits de Marie-Victoire Louis – une des premières à décrypter le système prostitueur – me confortent dans mes positions abolitionnistes ». Il va plus loin encore dans son engagement féministe, il prend conscience de la dimension patriarcale de la prostitution et par là de la société toute entière.

Féministe ou pro-féministe ?

Mais honnête avec lui-même, Grégoire Théry a bien conscience que le plus difficile est d’appliquer ses valeurs égalitaires à sa propre vie, à son quotidien. Il avoue que la lutte contre soi-même est permanente lorsque l’on est homme et féministe. Il tente d’y arriver grâce aux remarques de sa compagne, elle-même engagée dans une organisation féministe.

Alors, féministe ou pro-féministe le secrétaire général du Mouvement du Nid ? Le débat est là. Il penche plutôt pour pro-féministe comme son complice en féminisme, Patric Jean (*), car il reconnaît qu’en tant qu’homme, il est « porteur de codes, de stéréotypes, de préjugés ».

Grégoire Théry se positionne sur tous les débats qui traversent le mouvement féministe. Ainsi, il se pose clairement comme universaliste et a du mal à comprendre les féministes qui prônent le relativisme culturel. « Comment au nom du consentement individuel, des femmes qui se disent féministes, peuvent-elles occulter les forces patriarcales, religieuses qui sont en jeu ? Cela me dépasse », s’interroge-t-il.

Grégoire Théry est très clair sur la violence que génère un rapport sexuel tarifé et sur la nécessité d’interdire l’achat d’un acte sexuel, mais moins radical sur la réalité des clients, qui sont le reflet d’une société qui n’a pas fait le choix de dénoncer la prostitution comme une des pires violences faites aux femmes.

Il souligne que le trafic des femmes est au cœur de la question de la prostitution, expliquant que le Mouvement du nid rencontre 5 000 femmes par an, en majorité des étrangères.

S’il a bien conscience que la prostitution reste une question très abstraite pour un grand nombre de personnes, il constate tous les jours que le regard des gens, une fois informés, change.

Ses prochaines batailles

Après la convention abolitionniste du 29 novembre dernier, puis l’adoption par l’Assemblée nationale d’une résolution, réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution, le 6 décembre, il milite en priorité pour l’adoption d’une loi d’abolition du système prostitueur, globale et cohérente. Qui devra interdire l’achat d’un acte sexuel mais aussi et d’abord abroger le délit de racolage.

L’étape suivante : la bataille de l’opinion publique. Il y a là un réel changement d’échelle. Changer les mentalités, contribuer à ce que les gens sortent des sempiternels clichés : « C’est le plus vieux métier du monde » ou « Les hommes ont des besoins irrépressibles ». Une vraie gageure. Sans compter les attaques virulentes qu’il subit de la part de ceux qui voudraient réglementer la prostitution et sur lesquelles il reste discret.

Et enfin, il faudra construire des alternatives à la prostitution : l’accès au logement à la santé, à la formation, l’accès aux droits pour les étrangères.

Grégoire Théry rend hommage à celles qui l’on devancé, il parle beaucoup de Marie-Victoire Louis, de Claudine Legardinier, qui a fait un énorme travail de recueil de la parole des personnes prostituées, de Florence Montreynaud, qui travaille depuis des années à la mise en place du réseau des hommes qui refusent d’être des clients de prostituées.

Caroline Flepp – EGALITE

(*) Patric Jean est le réalisateur, entre autres, de La Domination masculine et l’un des porte-parole du réseau Zéromacho.

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