Monde Dans le monde, 200 millions de femmes n’ont pas accès à un planning familial

Méthodes de contraception. © Documentation Planning familial

Méthodes de contraception. © Documentation Planning familial

Le Groupe majeur des femmes (WMG), représentant plus de 200 organisations de femmes de la société civile à travers le monde, attendait du sommet Rio+ 20 un réel progrès en matière des droits des femmes.

Pourtant, le retrait de la mention « droits reproductifs » de la déclaration finale du sommet marque une régression en termes de justice sociale. Une finalité obtenue notamment par le Vatican, pourtant simple observateur à l’ONU.

Un recul certain puisque le lien entre développement durable et droits reproductifs avait été reconnu dans l’Agenda 21, en 1992 à Rio, et par la suite dans le programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), au Caire en 1994.

Aujourd’hui, les droits des femmes sont renégociés sous la pression de groupes religieux intégristes bien organisés. Une situation jugée « inacceptable » par Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning familial.

Depuis quelques années, les opposants à l’IVG, à la contraception et à tous les moyens permettant aux femmes de contrôler leur fécondité, s’organisent afin de faire pression directement sur les Etats. Aujourd’hui, si le Vatican est parvenu à faire entendre sa voix au sommet de Rio, c’est avant tout en ayant mené une guerre sémantique : « Avant il y avait des tentatives de remises en cause de la santé sexuelle. Depuis la 56e Commission on the Status of the Women (CSW), c’est une bataille sur les mots qui se joue, souligne Marie-Pierre Martinet. Tout a été fait pour changer le mot femme par celui de mère de famille. »

Les courants dits « anti-choix », qui défendent le droit à la vie, ne sont pas les seuls à vouloir restreindre l’accès des femmes aux moyens de contraception. Les masculinistes, eux, prônent une domination naturelle de l’homme sur la femme par le rejet du féminisme et la victimisation systématique des hommes.

Sous le gouvernement de George W. Bush, la situation s’est nettement dégradée aux Etats-Unis, probablement sous les pressions des évangélistes et chrétiens intégristes, un pays où les activistes anti-IVG sont encore nombreux. De plus, l’une des politiques sociales menées par le président, « la règle de Mexico », visait à interdire tout financement public, dans le cadre de l’aide au développement, à des organisations étrangères qui pratiquent ou facilitent l’avortement. Une mesure levée par Barack Obama, qui estimait qu’elle avait anéanti les efforts du Planning familial. Aujourd’hui, encore beaucoup de plannings familiaux sont subventionnés par des fondations.

La situation en Europe aussi est préoccupante puisque plusieurs Etats semblent faire machine arrière. Le gouvernement conservateur espagnol voulait, dès janvier 2012, restreindre l’accès à l’avortement en obligeant les mineures à disposer d’une autorisation parentale préalable. De son côté, la Suisse entendait mettre un terme au remboursement de l’IVG par l’assurance maladie. En Hongrie, le droit à l’avortement est remis en cause avec la définition de l’embryon comme étant un être humain dès le début de la grossesse : l’avortement serait donc un meurtre.

En Russie, la Douma et l’église orthodoxe travaillaient de concert pour limiter le droit à l’avortement aux femmes qui pourraient se le payer. Récemment, le Premier ministre turc proposait une loi pour réduire le délai légal d’avortement à quatre semaines (dix actuellement).

Des politiques, qui, sur fond de crise économique ne feraient qu’augmenter la précarité des femmes en situation difficile et mettraient leur santé en danger car elles pourraient avoir recours à des avortements clandestins. C’est aussi plus largement une atteinte aux droits des femmes, des droits qu’elles ont acquis et que l’on voudrait supprimer pour des raisons essentiellement idéologiques.

Les espoirs du sommet de Londres

Le travail le plus difficile reste à faire dans les pays du Sud. En effet, dans un rapport récent, l’ONG Save the Children dénonçait un « scandale mondial », puisque 50 000 adolescentes meurent chaque année dans le monde à cause de complications lors de la grossesse et de l’accouchement :

« C’est une tragédie, pas seulement pour ces jeunes femmes, mais également pour leurs enfants, qui ont 60% de risques supplémentaires de mourir si leur mère a moins de 18 ans. »

L’accès aux moyens de contraception est encore très inégal à travers le monde, puisque 200 millions de femmes n’auraient pas accès aux plannings familiaux. Au-delà des questions d’éthique, c’est avant tout une question « de droits», rappelle Marie-Pierre Martinet : « Les droits des femmes passent aussi par le contrôle de leur fécondité, leur choix ou non d’opter pour la maternité. »

Save the Children appelle vivement les pays du monde à s’emparer de ces problèmes lors du Sommet international de la planification familiale à Londres qui a lieu aujourd’hui.

Avec 25 pays réunis, ce sommet, organisé à l’initiative du gouvernement britannique avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et la Fondation Bill et Melinda Gates, a pour but de sensibiliser l’opinion mais aussi de lever des fonds pour permettre à plus de 120 millions de femmes dans le monde de bénéficier, d’ici à 2020, d’un accès à l’information et à la contraception, en développant les plannings familiaux dans les pays pauvres.

En parallèle, c’est aussi la volonté de donner le choix à toute femme de pouvoir décider de sa sexualité. Andrew Mitchell, ministre britannique en charge du Développement international, s’exprimait dans The Guardian pour définir les enjeux de ce sommet :

« Trop longtemps, la discussion autour de la planification des naissances a été taboue. Pourtant nous savons que 215 millions de femmes qui veulent utiliser des méthodes modernes de planification des naissances ne le peuvent pas actuellement. […] Les leaders mondiaux, le secteur privé et les experts en matière de planification des naissances viendront à Londres pour sceller les engagements qui sauveront les vies de milliers de femmes et d’enfants dans les pays les plus pauvres du monde. »

A l’initiative de l’International Planned Parenthood Federation (IPPF) , 1292 organisations de 177 pays ont adressé une lettre au gouvernement britannique et à la Fondation Gates pour rappeler l’urgence de la situation. Elles demandent que cette problématique soit placée au centre des négociations du G8 en 2013.

De son côté, la France n’a pas encore fait entendre sa voix, pourtant selon Marie-Pierre Martinet, notre pays doit affirmer internationalement son point de vue et sa politique en faveur de la santé sexuelle et reproductive :

« La France a une voix entendue dans le monde, elle doit prendre une part active sur cette question et intervenir, alors qu’il y a une remise en question des droits des femmes dans le monde. »

Marina Corvillo – EGALITE