Santé Un rapport inédit de l’IGAS sur la prostitution et ses enjeux sanitaires

 

Pour consulter le rapport de l’IGAS sur le site de la documentation française  :

« Prostitutions : les enjeux sanitaires » (PDF)

L’IGAS précise qu’  « il n’y a pas une mais plusieurs prostitutions » et cite ses différentes pratiques : dans la rue, une chambre d’hôtel, un bar, ou encore un établissement. Le rapport relève que la majorité des personnes pratiquant la prostitution de rue sont des femmes étrangères en situation irrégulière et souvent en situation précaire. Le nombre exact de personnes prostituées demeure inconnu ; l’IGAS les estime de 1 à 20.

L’IGAS rappelle que les risques sanitaires liés à cette pratique sont le VIH/Sida, les hépatites et les autres maladies sexuellement transmissibles, ainsi que le recours à l’IVG. Les violences exercées à leur encontre constituent un autre facteur de risques. Toutefois, les personnes prostituées sont plus ou moins exposées à ces risques, en raison de leurs mode et conditions d’exercice. Les prostitué-e-s en situation de clandestinité et/ou d’isolement sont davantage exposé-e-s aux risques sanitaires, puisqu’elles accèdent plus difficilement aux moyens de prévention. L’IGAS fait également état des troubles liés à leur mode de vie, mais non-imputable à la prostitution elle-même (troubles psychiques, alimentaires, usage de produits psycho actifs).

Le rapport souligne les difficultés du milieu associatif à rencontrer et sensibiliser les personnes prostituées, surtout depuis la loi de 2003 sur le racolage passif, qui les incite à exercer dans des lieux difficilement accessibles. D’autre part, les associations souffrent d’une restriction budgétaire générale imputée à une diminution importante des subventions publiques. L’IGAS précise que les associations n’assurent pas la prévention auprès des réseaux parallèles de prostitution (internet, bars, établissement), pour se concentrer sur la prostitution de rue.

L’Inspection Générale des Affaires Sanitaires démontre qu’il n’existe pas une seule catégorie de population, et qu’une politique générale de la prostitution paraît par conséquent inadaptée. L’IGAS recommande l’adoption d’une démarche pragmatique et le travail autour des différentes problématiques liées à la prostitution (sécurité, ordre publique, immigration, régime juridique).

Selon les conclusions établies par l’IGAS, les réseaux cachés de la prostitution doivent être mieux étudiées et appréhendées, afin d’y apporter une meilleure politique de prévention. Il faut également porter une attention particulière aux publics les plus fragiles (personnes en situation d’irrégularité et/ou de précarité) et notamment aux mineures.

La ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem appuie cette réflexion en précisant qu’ «  un travail spécifique sera engagé avec les Conseils généraux pour que les dispositifs de protection qui existent dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance soient pleinement mobilisés pour protéger les prostituées mineur-e-s. »

Najat Valllaud-Belkacem salue la qualité et la méthode du rapport et rappelle que le gouvernement abrogera le délit de racolage passif. Elle rejoint l’IGAS en affirmant la nécessité de renforcer le rôle des associations et d’améliorer leurs conditions de financements ; ce point sera traité par la mission interministérielle pour la protection des femmes.

 

Sophie Louy

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