Articles récents Le projet égalité-e de la ville de St Denis: la désobéissance civile pour imposer l’égalité dans le primaire.

TEMOIGNAGE

Marie Leroy est chargée de mission Droits des femmes de la ville de Saint Denis. Malgré de nombreux obstacles, elle a réussi à monter un projet égalité filles/garçons dans une école élémentaire.

 

Le poste de chargée de mission droits des femmes de la ville de Saint Denis a été créé en 2007 avec trois axes de travail prioritaire.
1. lutter contre les discriminations liées au sexe dans les différents secteurs d’intervention de la collectivité;
2. combattre et prévenir les violences faites aux femmes et les comportements sexistes;
3. créer les conditions pour favoriser une réelle autonomie des femmes.

La prévention des comportements sexistes est naturellement un axe fort qui permet de mettre en place des projets concrets à l’échelle du territoire avec des écoles élémentaires, des collèges et des lycées.

Le projet égalité-e avec une classe de CM1 – CM2 de l’école Pasteur fait suite à un concours de lettres d’amour et d’amitié pour l’égalité lancé par la mission droits des femmes et la médiathèque Gulliver à l’occasion du 8 mars 2013.
L’enseignante Lorene L., fort motivée avait été lauréate de ce concours avec sa classe. De fait, elle avait gagné un financement pour l’année scolaire 2013- 2014 pour un projet de prévention des comportements sexistes. Le projet égalité-e s’est construit en partenariat avec différents acteurs-trices.

L’action s’est déroulée en plusieurs temps : rencontre avec l’association « Pour qu’elle revienne» (1), projection de  film et débat, atelier d’écriture et atelier sérigraphie, visites à la médiathèque et découvertes de livres traitant de l’égalité filles/garçons.

 

Le silence de l’inspection de l’Education nationale

A la même époque, les journées de retrait orchestrées par Farida Belghoul avaient véritablement impacté certaines écoles, en l’occurrence le quartier sur lequel se trouve l’école Pasteur (jusqu’à 60 % des enfants avaient été retirés des classes).

Pour montrer qu’il était possible de travailler avec les enfants, j’avais proposé de réaliser un petit clip (voir ci-contre). Pour ce faire je devais avoir l’autorisation de l’inspection de l’Education nationale. Dés le début du mois de mars, je demandais une autorisation de filmer l’action. Naturellement n’ayant aucune réponse malgré, les mails, les coups de fil, mes deux déplacements à l’inspection j’avais décidé de faire fi de son autorisation car l’année scolaire se terminait et que le temps allait manquer pour filmer les enfants.

L’enseignante avait réuni les parents un samedi matin pour présenter le projet et leur faire signer l’autorisation de droits à l’image.

Il a fallu plus de trois mois pour que l’inspecteur se manifeste et nous informe le 4 juin 2014 par courriel que dans «le contexte actuel de tension autour de l’ABCD égalité et des actions de journées de retrait de l’école dont la première a été particulièrement suivie sur ce quartier il ne lui paraissait pas opportun que cette vidéo soit projetée localement encore moins déposée sur internet.» Ce qui voulait dire concrètement que ce petit film, financé avec de l’argent public devait partir aux oubliettes.
C’était impensable de mon point de vue et il a fallu engager une bataille argumentaire pour que le film soit présenté.

Nous n’avons eu aucun soutien, aucun appui politique pour que l’inspecteur change d’avis. La responsable du service enseignement a finalement échangé à ce sujet avec l’inspecteur qui ne m’a jamais rappelé. Après quelques modifications dans la bande annonce, le film a été présenté dans le cadre des dix ans de la médiathèque Gulliver sans que personne, sinon les différent-es intéressé-es ne s’en rendent réellement compte.

Faut-il qu’une épidémie de désobéissance civile se propage pour que les projets autour de l’égalité puisse voir le jour dans les écoles élémentaires ?

 

Marie Leroy Chargée de mission Droits des femmes de Saint Denis

1 l’association “Pour quelle revienne” réalise des reportages vidéo sur l’égalité femmes/hommes. Ce travail est mené avec des adolescent-e-s des quartiers dits «politique de la ville»: la Goutte d’or, la Chapelle, Porte de Clignancourt et Porte de Montmartre.

Imprimer cet article