Articles récents \ Chroniques Les droits des femmes, un point de détail pour le pape François ?

 

Samedi, 7h45, la voix pleine de fougue de Wendy Bouchard, l’animatrice des matinales du weekend sur Europe1, résonne comme un réveil bien réglé : «ce matin à la ‘UNE’ un homme donne une leçon de morale à la tribune de l’ONU, qui défend la sacralité de la vie  et de la nature» lance-t-elle, avant d’interpeller son invité, Jean-Pierre Mignard, sur le modèle que représente le pape François «N’est-il pas un chef d’État comme on en rêve ?»

On imagine bien que le co-directeur de Témoignage Chrétien, ne va pas répondre par la négative ! Reconnaissons tout de même qu’il aura l’honnêteté de glisser, presque en fin d’entretien, et sans en être sollicité par la journaliste, que : «peut-être sur la question des femmes et des homosexuels le pape reste sur ce point classique».

Il ne s’agit pas d’un détail, dans l’esprit du pape, comme le montre cet extrait de son discours : «la défense de l’environnement et la lutte contre l’exclusion exigent la reconnaissance d’une loi morale inscrite dans la nature humaine elle-même, qui comprend la distinction naturelle entre homme et femme, et le respect absolu de la vie à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions»

«Laudato si’»

On retrouve ces propos, de façon plus explicite et développée, dans la lettre encyclique «Laudato si’». Le pape y aborde frontalement le thème de la justification de l’avortement, considéré comme «non compatible» avec la défense de la nature. Il va même plus loin en s’indignant des pressions internationales exercées sur les pays en voie de développement conditionnant les aides économiques à la mise en place de «politiques de santé reproductives» ! (§50)

Avec une maestria consommée, il passe sous silence la réalité que vivent chaque année des dizaines de millions de femmes à travers le monde qui mettent au monde des enfants qu’elles n’ont pas désirés, pour mieux dénoncer comme cause de tous les maux de la planète  «une logique de domination sur son propre corps» qui selon lui «devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création» (§155). Exit donc le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps.

Certes on nous dira que, dans la perspective du ‘jubilé de la miséricorde’ (il s’agit de commémorer le cinquantenaire de la clôture du Concile Vatican II le pape François a indiqué avoir «décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué, et qui, le cœur repenti, en demandent pardon»

Pas si grave ?

Tout cela ne serait pas grave, si le poids du Vatican et de ses alliés des pays musulmans ou conservateurs de tous bords, n’avait pas, une nouvelle fois, lors de la conférence «Population et développement» de 2014 à New York, empêché la communauté internationale de promouvoir la dépénalisation universelle de l’avortement.

Résultat désolant, alors que l’humanité devrait au contraire être reconnaissante aux femmes de ne vouloir mettre aux monde que les enfants qu’elles se sentent capables d’élever.

C’est cela notre définition du développement durable.

Annie Sugier 50-50 magazine

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