Articles récents Cameroun: Démocratie au féminin, les élections de 2018 se préparent maintenant !

Le projet d’appui à la massification de la participation politique des femmes aux échéances électorales de 2018 au Cameroun est lancé. L’annonce a été faite le 12 avril dernier, au cours d’une cérémonie que présidait la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille du Cameroun, le Pr Marie Thérèse Abena Ondoa, en présence de Benedikt Madl, chef de la section gouvernance de l’UE-Cameroun.

Porté par un consortium d’ONG spécialisées dans les questions du genre avec pour demandeur principal le réseau More Women in Politics (1), « le projet d’appui à la massification de la participation politique des femmes aux échéances électorales » vise à contribuer à l’amélioration de la démocratie camerounaise par le développement d’une culture démocratique et citoyenne chez 500 000 femmes en vue de promouvoir la paix pré et post-électorale au cours de l’élection présidentielle de 2018. L’objectif est de favoriser une meilleure expression du déterminant Genre dans la gestion publique, dans 20 communes des 7 régions identifiées par le projet.

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Pour un chantier aussi ambitieux, l’Unité de Gestion du Projet et les ONG partenaires bénéficient d’un important appui du Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, d’Elections Cameroun, de la Délégation Générale à la Sureté Nationale, des Communes et Villes Unies du Cameroun, du Pool National des Avocats du Genre et du Programme National de Développement Participatif .

10 ans d’action sur la participation des femmes en politique

Les ONG impliquées dans le projet ont signé un contrat de collaboration au cours de ce lancement.

Le programme « Démocratie au féminin » part de l’analyse de l’action menée par le Réseau More Women in Politics et ses partenaires depuis 10 ans sur la thématique de la participation politique des femmes au Cameroun.

En démocratie, le poids démographique ne peut être un réel déterminant du pouvoir politique et un élément de structuration des dynamiques sociales que s’il est soutenu par un niveau culturel adapté aux enjeux de transformation de la société. C’est l’absence de cette variable qui explique ce paradoxe observé de manière permanente dans la société camerounaise : bien que représentant environ 51% de la population camerounaise Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH, 2005) et plus de la moitié de l’électorat potentiel (environ 55%, RGPH 2005), les femmes demeurent une majorité silencieuse qui, de ce fait. En effet, leur faible participation à la vie publique demeure un sujet préoccupant. Dans cette configuration, leur potentiel social dynamisant et régulateur n’est pas suffisamment capitalisé dans le champ politique pour préserver l’ordre et la paix, améliorer la gouvernance économique et politique, et construire une société plus juste.

Malgré les avancées notables enregistrées ces dernières années, l’œuvre de construction de la société camerounaise comporte de nombreux gaps dont la résolution nécessite une implication efficiente du leadership féminin. Il s’agit de la permanence des facteurs conflictuelles qui sont autant d’éléments de rupture de la paix et de la sécurité : la montée des intolérances religieuse, politique, ethnique, tribale et communautaire ; la permanence des niches d’inégalités qui entretiennent des pratiques de discriminations et de violences basées sur le genre ; l’origine ethnique. l’appartenance religieuse ou socio-professionnelle.  l’augmentation de la pauvreté chez les femmes et les jeunes (INS 2015) ; la criminalisation progressive de la société camerounaise par les infanticides, les crimes rituels, l’augmentation des décès pour cause d’agressions (Rapport MINJUSTICE, 2015), l’exacerbation des incivilités et de l’incivisme.

L’instrumentalisation politique des femmes

L’instrumentalisation politique des femmes s’observe dans des phénomènes tels que : le nombre écrasant des femmes à la base de la pyramide des partis politiques qui contraste avec leur faible présence dans les structures hiérarchiques des partis ; l’organisation sexiste de certains partis politiques ; une dynamique élitiste au sein des milieux féminins, observable par l’éviction permanente des femmes rurales ou l’accaparement du leadership féminin par les femmes urbaines lors des élections locales ; l’inexistence dans la plupart des partis politiques d’une stratégie de promotion politique du genre ; la faible articulation entre le leadership féminin à la base et au sommet (absence de coordination et de cohérence) ; le détournement des enjeux de la politique ou du jeu démocratique ainsi lors des campagnes électorales l’offre d’alimentation et de boissons empêchent de se poser les vraies questions (2).

Léonel Loumou MWP/Communication.

1 More Women in Politics : le Réseau des Observatoires de l’Égalité de Genre (ROEG) est un réseau francophone a été créé en 2011 à l’initiative de Genre en Action (ONG française). Il regroupe des observatoires qui travaillent sur les questions de genre et d’inégalité entre les femmes et les hommes dans l’espace francophone dans des domaines multiples: l’agriculture, l’éducation, l’accès aux droits, l’empowerment économique, la mesure des inégalités, etc. Les observatoires du réseau sont basés en Afrique, Europe, dans l’Océan Indien et dans les Caraïbes.   

2 Audit Genre, Leadership et participation Politique, ONU Femmes, 2014

Photo de Une: More Women in Politics en présence du représentant de l’UE Benedikt Madl 

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