Articles récents Frédéric Bernard : « J’ai un Diplôme d’Etat de puéricultrice »

Frédéric Bernard est directeur de crèche à Louviers, dans l’Eure. Il était l’un des intervenants du colloque de l’AMEPE (Agir pour la Mixité et l’Égalité dans la Petite Enfance) qui s’est déroulé le 13 janvier dernier à Paris. Il témoigne de son expérience professionnelle et de son parcours au sein d’un milieu où la mixité se réalise très lentement.

Ce n’est pas par vocation que j’ai suivi des études d’infirmier. C’est un choix pragmatique qui, à l’arrivée, m’a apporté une vision de la relation à l’autre bien plus riche.

Au cours de mes études d’infirmier, j’ai payé mon loyer avec des contrats d’auxiliaire de puériculture en maternité.

La découverte du monde de la petite enfance m’a beaucoup apporté : j’ai le souvenir de ce bébé qui dormait sur mon épaule le jour de la chute du mur de Berlin. Cela m’a ému que ce petit d’homme arrive dans un monde qui offrait de telles perspectives de renouvellement.

Ensuite, dans mon expérience hospitalière en service d’oncologie, j’ai vécu des moments riches, tristes, intenses, où la masculinité n’était présente qu’au travers des médecins.

Aujourd’hui, je suis puériculteur dans un multi-accueil à horaires atypique avec 70 berceaux. J’ai travaillé beaucoup sur ma maîtrise du poste et sur moi-même pour le tenir.

Mais c’est toujours le plaisir de jouer avec les enfants, d’en prendre soin et de l’énergie reçue en retour qui me motive.

Je ne me suis jamais posé la question du genre dans mes postes au travail.

J’ai un Diplôme d’Etat de « puéricultrice » !

Avant tout, professionnellement, je suis un soignant, un infirmier et un puériculteur.

Alors le genre sous lequel on me regarde m’importe peu.

Je travaille dans les champs professionnels du soin et de la petite enfance où le fait est que les professionnel-le-s sont majoritairement des femmes.

Au début de ma carrière, j’étais perçu comme une curiosité : maintenant, comme un chef de service et un collègue plein d’expériences et qui aime les partager.

La parentalité aussi a évolué. Je ne saurais mesurer le rôle d’un homme dans l’implication des parents à la crèche. Cependant, il me semble que cela rend l’accès plus simple pour les papas et offre une alternative au dialogue parents/professionnel-le-s.

Dès que j’ai eu l’opportunité d’embaucher des hommes dans mon équipe, je l’ai fait. Cela me semble une évidence que l’équilibre des genres est une source d’enrichissement mutuel au sein du groupe de travail.

Mon expérience de management d’équipes me laisse entrevoir que le groupe est toujours plus fort/intelligent/malin que la somme des individus. De ce fait, j’ai toujours recherché la plus grande diversité dans la constitution de mes équipes.

La diversité des cultures, des éducations, des formations pluridisciplinaires apporte au projet d’équipe au projet d’établissement une richesse dans les points de vue et alimente la réflexion commune. Le défi du responsable que je suis est de donner un corpus commun à cette diversité. L’équipe fait corps autour du projet commun que chacun interprète avec sa sensibilité et sa personnalité.

Mais vous me direz : qu’est-ce qu’un homme qui travaille dans la petite enfance apporte là-dedans ?

Oui, des hommes dans les professions de la petite enfance banalisent l’image de l’homme prenant soin de son enfant, s’impliquant dans l’éducation, le jeu ou prenant une place « maternante » inhabituelle dans l’imagerie populaire.

Oui, des hommes dans les professions de la petite enfance ouvrent des portes aux papas, accompagnent différemment les familles monoparentales, offrent des repères complémentaires aux enfants, offrent aussi aux mamans une vision différente de la place du père…

Oui, des hommes dans les professions de la petite enfance apportent un équilibre différent dans une équipe, enrichissent la réflexion pédagogique par leur vision « masculine » de la relation à l’enfant et à l’autre. Mais si elle existe, je suis bien en peine de définir une vision « masculine ».

Oui, des hommes dans les professions de la petite enfance génèrent une dynamique d’équipe où la complémentarité enrichit et offre des perspectives élargies dans la prise en charge des enfants.

Oui, j’ai eu à supporter l’image peu valorisée de ma profession. Alors, je m’empresse de préciser que je dirige une équipe de 30 personnes et que l’on accueille plus de 200 enfants différents par an avec leur famille, leurs histoires, leurs questionnements, leurs doutes, leur parentalité en devenir…..

Oui, être un homme directeur de structure m’a, sans doute, permis de faire évoluer certaines pratiques anciennes plus facilement que si j’étais une femme. Par un travail de réflexion commun, j’ai accompagné des équipes dans un questionnement sur leur travail auprès des enfants et ma masculinité a apporté un poids à ma parole.

Non, je n’ai jamais relevé lorsqu’un conférencier s’adressait à une assemblée, dont je faisais partie, en disant « bonjour Mesdames ! » ou si je reçois un courrier adressé à « Madame la directrice ». En général, les personnes sont plus gênées que moi.

Non, être un homme dans ce milieu ne m’a jamais posé de difficultés particulières. Il m’a amené par contre à prendre parfois quelques précautions oratoires, à améliorer ma manière de dire les choses.

Non, je ne me pose pas en « modèle paternel », quelle prétention ce serait ! La référence éducative que représente une équipe de crèche passe, selon moi, d’abord par l’explication de comment ceci ou cela est fait au sein de l’équipe. Après, les parents sont invités à venir parler de leurs difficultés et nous les accompagnons dans la découverte de leur solution.

Qu’est ce qu’un homme apporte dans une équipe durant cette période de la vie d’un enfant ?

Sans doute une différence, une complémentarité à la féminité ambiante, un positionnement paternant enrichissant du maternage qu’il soit insolite ou non.

En étudiant superficiellement ce qu’est l’altérité, on découvre que nous sommes constitutifs de l’autre autant que l’autre nous constitue.

La richesse venant de la différence, soyons riche de l’autre et qu’il soit homme ou femme ne change rien.

Frédéric Bernard, directeur de crèche

50-50 magazine était partenaire du colloque de  l’AMEP