DOSSIERS Une psychologue face au harcèlement au travail

Leila Belhaouari est psychologue depuis 10 ans. Spécialisée en clinique du travail, elle assiste des collectifs de soignant.es et de travailleuses/travailleurs sociaux. Depuis quelques années, en tant que référente égalité et mixité dans l’emploi, elle travaille avec des demandeuses/demandeurs d’emploi. Ses expériences en psychologie du travail apportent un éclairage sur le harcèlement au travail.

Être une femme dans le milieu professionnel

En revenant sur les difficultés rencontrées par les femmes dans le milieu du travail, Leila Belhaouari met en parallèle les expériences rencontrées par les femmes auxquelles elle vient en aide, avec son propre vécu. Elle a ainsi pu constater les différences de traitement entre les femmes et les hommes : elles se font d’avantage dévisager, font l’objet de commentaires sur leur physique ou leurs vêtements. Elle-même raconte avoir parfois fait l’objet de moins de considération en tant que femme. Elle a pu constater le rejet de certains hommes, qui lui ont fait sentir qu’ils auraient préféré travailler avec un de ses homologues masculins.

Souvent, les femmes ne se plaignent pas de ces marques d’hostilité, par manque de confiance. Pourtant, la psychologue souligne la nécessité de s’imposer dans ce genre de cas. Elle a parfois «du être incisive», s’affirmer de manière soutenue, adopter un comportement qui lui a coûté. Ce rejet masculin s’inscrit pour elle dans des histoires d’opposition, de rivalité, desquelles les femmes doivent prendre du recul. Elle souligne qu’aujourd’hui, elle-même ne se sent plus liée par ces marques d’agressivité, dont elle a appris à prendre du recul.

Traiter la violence professionnelle en tant que psychologue

Son travail auprès des femmes en rupture d’emploi a également poussé la psychologue à s’intéresser aux violences faites aux femmes dans le travail. Elle explique que « lorsque l’on est psychologue, on y est forcément confrontée.» Dans le milieu professionnel, les femmes sont principalement confrontées à des violences psychologiques ; celles-ci sont moins visibles, plus compliquées à dénoncer. Et plus les femmes occupent une place importante dans la hiérarchie, plus cette dénonciation est difficile. Pour Leila Belhaouari, le travail passe surtout par l’écoute des femmes, afin de les sortir de leur position de victimes.

Dans le cadre des échanges de pratiques entre travailleuses sociales/travailleurs sociaux , elle évoque les violences dont elles/ils sont victimes de la part des usagers. Ces violences sont surtout verbales : ce sont des emportements, des élans de colère. Quand un usager s’énerve, son emportement est plus souvent dirigé contre les femmes, qui semblent des cibles plus faciles et moins susceptibles de répliquer. La psychologue explique que parfois, la personne veut juste exprimer sa colère et non entrer dans un conflit et que, dans l’imaginaire collectif, une femme aura moins tendance à surenchérir, à combattre.

 

Pauline Larrochette 50-50 magazine

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