Articles récents Pendant la présidence française du G7, Emmanuel Macron remet le 1er prix Simone Veil à Aïssa Doumara.

Depuis le 1er janvier 2019, la France préside le G7 avec l’ambition d’«ancrer les droits des femmes au cœur du G7,» continuant l’initiative du Canada. Le Women 7 (W7) est une coalition de 55 ONG et associations féministes, dont 50 50 Magazine, qui portera les demandes féministes au G7. La rédactrice en cheffe de 50-50 magazine ainsi que d’autres représentantes du W7 étaient présentes à l’Élysée pour la première remise du prix Simone Veil, créé cette année. Le président Emmanuel Macron a remis, le 8 mars dernier, le prix à Aïssa Doumara, coordinatrice et cofondatrice de l’association de lutte contre les violences faites aux femmes de Maroua situé au nord du Cameroun. Les deux événements soulignent l’importance de rendre audible les voix des femmes, actrices de transformation partout dans le monde.

Cette première édition du prix Simone Veil, n’est pas seulement riche en symbole, c’est aussi un prix doté d’une somme de 100 000 €. Officiellement, Le prix distingue une personnalité ou un collectif qui contribue à faire avancer les droits des femmes. Un jury composé de neuf personnes a évalué 102 propositions venues du monde entier. En tant que présidente du jury, Delphine Horvilleur, philosophe, rabin du Mouvement Juif Libéral de France a ouvert la cérémonie rappelant la force et la détermination de Simone Veil pour que les femmes ne soient plus réduites à des objets dont les corps sont à disposition, pour que les femmes soient libres et autonomes, rappelant avec quelle ténacité elle n’avait rien laissé passer. La lauréate, Aïssa Doumara, a certainement été nourrie d’une détermination semblable pendant ses 20 ans de luttes et d’engagement pour changer le destin des filles et des femmes de sa région. Elle lutte depuis 20 ans contre les fléaux que sont l’excision, le mariage forcé, et aujourd’hui les violences extrêmes de Boko Haram. “Faire la place aux femmes c’est faire la place à l’autre et ramener l’éthique à la vue du monde” a rappelé Delphine Horvilleur.

Aïssa Doumara en remerciant le président de la république «pour cette belle initiative,» a souligné que c’était «un projet de reconnaissance des luttes des femmes et de la place de la femme comme être humain à part entière.» C’est bien là, que se situent les enjeux dans un monde où violences riment avec désastres écologiques ; pas d’équilibre sans reconnaissance que plus de 50 % de l’humanité est composée d’êtres humains à part entière.

Quelques chiffres ont été donnés par Delphine Horvilleur et Emmanuel Macron comme pour appuyer les propos d’Aissa Doumara. Dans le monde, 150 millions de filles ne sont pas scolarisées, plus d’une femme sur trois a été victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie, 200 millions de femmes ont subi des mutilations sexuelles, 650 millions de femmes ont été mariées pendant leur enfance, 12 millions par an, 23 par minute…. une fille toutes les trois secondes !

Aïssa Doumara et ses compagnes de lutte, connaissent le visage de ces statistiques. Lors de son allocution, Aïssa Doumara a narré quelques histoires de femmes venues chercher secours dans son centre après avoir vécues des horreurs.

Ce prix sera attribué chaque année, car ce sont les femmes du Sud qui s’organisent en solidarité, a fait remarquer Emmanuel Macron. Le club du G7 a fonctionné sans les femmes jusqu’à présent. Le G7 a aussi complètement ignoré les grandes conférences onusiennes qui ont fait place aux droits des femmes, telle que la conférence de Pékin. Il y a clairement séparation entre les conférences internationales et les groupes comme le G7 qui ignorent complètement les vies des plus précaires dont les femmes font partie.

Les organisations féministes transnationales se regroupent, avec les encouragements de la présidence française, afin que la question de l’égalité femmes/hommes et des droits des femmes ne puissent plus être ignorés par les instances internationales comme le G7.

Le W7 a l’ambition d’organiser un événement les 9 et 10 mai centré sur cette mission. Il doit donner forme au mouvement transnational qui pourra perdurer et s’enrichir au-delà de la présidence française en décembre 2019.

Restaurer les droits et donc les pouvoirs des femmes, Aissa Doumara et son association le font tous les jours. Elles demandent que leur dignité soit respectée et que «la situation socio-juridique des femmes soit reconnue en tant que telle.» Ce prix ne relève pas de la charité mais représente bien l’expression de la solidarité.

C’est ce qu’a affirmé le président français Emmanuel Macron qui  a annoncé :

– la création d’un fonds de 120 millions d’€ pour soutenir les organisations œuvrant pour les droits des femmes et des filles dans les pays en développement,

– le soutien financier de la France pour l’éducation des filles au Sahel,

– l’accueil en France des 25 ans de la Conférence Mondiale sur les femmes de Pékin.

Introduire la dignité au cœur des délibérations, c’est inscrire la transversalité des questions d’égalité femmes/hommes dans l’ensemble de l’agenda du G7.

En solidarité avec toutes les femmes qui comme Aissa Doumara se battent pour le respect des droits des femmes, le W7 doit être un succès.

 

Brigitte Marti 50-50 Magazine

 

Photo: entre Emmanuel et Brigitte Macron, Aïssa Doumara et Delphine Horvilleur

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