Amérique latine Henry Morales: “actuellement au congrès guatémaltèque, il n’y a même pas 3% de femmes”

Le 8 mars dernier, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, annonçait l’organisation, chaque année, de l’invitation d’une délégation internationale sur le thème des droits des femmes. Cette initiative figure parmi les actions prévues par la nouvelle stratégie internationale de la France pour l’égalité entre les femmes et les hommes (2018-2022). En 2019, c’est l’Amérique latine et les Caraïbes qui sont concernées, autour de la thématique “santé et action sociale en faveur de l’égalité femmes-hommes.” L’initiative du ministère poursuit plusieurs objectifs : apporter aux personnalités invitées une connaissance réelle et actuelle de la France, faire connaître les différentes actions des invité.es, contribuer à la création de réseaux de solidarité militants Nord-Sud et Sud-Sud. Aujourd’hui rencontre avec Henry Morales, du Mouvement maya Tzuk Kim-Pop (MTKP).

Que faites-vous au Guatemala sur les droits des femmes ?

Je suis chercheur en économie du développement, et depuis 12 ans le coordonnateur général du mouvement maya MTKP. Depuis 2013, le MTKP mène un projet d’accompagnement des autorités municipales en vue d’améliorer la gouvernance locale, par l’inclusion des femmes et des jeunes. La deuxième phase du projet (2016-2019) se focalise plus particulièrement sur les droits des femmes, et notamment l’inclusion dans les politiques municipales des problématiques de santé féminine.

Où en est le droit à l’avortement au Guatemala ?

Au Guatemala l’année dernière, une loi a été présentée cherchant à protéger les jeunes filles qui ont subi des viols. En effet, le nombre de grossesses de jeunes filles entre 9 et 16 ans, à l’issue de viols, est entre 80 000 à 100 000 par an ! L’avortement constitue un délit au Guatemala et une loi cherchant à susciter une sensibilisation et une reconnaissance au droit des femmes à disposer de leur corps a été déposée. Elle n’a bien évidemment pas été approuvée mais la conséquence de cette proposition de loi a été de nombreuses attaques pour défendre la famille contre tou.tes les militant.es en faveur de la dépénalisation de l’avortement. La préservation de la famille est au cœur des positions politiques des anti-IVG pour qui l’avortement est une crime. La possibilité qu’une législation soit votée au Guatemala est très improbable.Lors des prochaines élections, la victoire de la gauche, seule force qui puisse faire bouger les choses sur le plan législatif, reste faible.

Quelle est la place des femmes en politique dans votre pays?

Sur le plan historique, la participation politique des femmes a toujours été extrêmement marginale. C’est une système excluant qui est fait pour que ni les femmes ni les étudiantes, ni les jeunes ne participent à l’action politique.

Mais étonnamment, nous avons au mois de Juin 2019 des élections nationales et pour la première fois, les trois personnes qui sont sensées avoir le plus d’intention de votes sont trois femmes. Une indigène, une universitaire et une troisième issue de la vie urbaine qui travaille sur les droits humains. Donc il est bien possible que le prochain président du Guatemala soit une présidente.Elles sont toutes de droite mais leur élection serait, en soit, une avancée. Si l’une d’entre elles gagne, ce serait un événement inédit au Guatemala.


Actuellement au congrès guatémaltèque, il n’y même pas 3% de femmes. C’est un taux très bas et si nous parlons des femmes indigènes, elle sont pratiquement inexistantes. Donc, il faut travailler avec les partis politiques, c’est notre but, afin que des élections internes puissent garantir sur le plan politique au moins 30/40 % de représentation féminine. Ces propositions existent mais sur le plan pratique, il n’y a rien.

C’est un travail qui va porter ces fruits progressivement. Il y a de plus en plus d’exigences notamment de la part de femmes à la tête des associations féministes.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp et Brigitte Marti 50-50 magazine

Imprimer cet article