Articles récents Laurent Sciamma: “je parlais déjà du féminisme dans mes autres spectacles”

Laurent Sciamma, à l’humour décapant, nous présente le spectacle engagé «Bonhomme» tous les samedis à la Comédie des 3 Bornes. Il y aborde les thèmes du féminisme, du diktat de la masculinité, de la socialisation genrée. Tout le long de son spectacle, il parvient à nous faire rire en abordant des thématiques rarement traitées par les hommes. Un spectacle tordant, intelligent et novateur qui ne manquera pas de vous surprendre.

Un spectacle féministe pour un homme, c’est assez atypique. Quand avez-vous décidé d’écrire sur le  féminisme, la masculinité … ?

Dans la première version de mon spectacle, j’abordais des thèmes plus généraux. Puis à un moment donné, je me suis dit qu’il fallait que je parle essentiellement de ces thèmes parce qu’ils me reflètent le plus. Par ailleurs, l’actualité m’a conforté dans l’idée qu’il fallait que j’axe là-dessus, mais pas de façon opportuniste : «eh y a un créneau à jouer !» Je trouvais qu’il n’y avait pas beaucoup d’hommes qui prenaient la parole sur ces sujets-là et je me suis dit : «allons-y !». Etant donné que je parlais déjà du féminisme dans mes autres spectacles, j’ai compris qu’il fallait que je l’assume pleinement. C’était ça la promesse, le canevas de départ.

Dans votre spectacle vous parlez du féminisme, des femmes, de ce qu’elles vivent. Vous êtes-vous posé la question de votre légitimité pour aborder ces thématiques ?

Bien sûr ! Oui, c’est toujours la partie qui est encore en chantier sur le spectacle, je la peaufine au fur et à mesure pour être sûr de trouver les bons angles et de toujours parler de mon point de vue pour que personne ne sente que je parle à sa place. J’essaie toujours d’être soit dans le ressenti, soit dans le témoignage, donc toujours dans l’intime, que ce soit à travers des anecdotes, des éléments du quotidien, de mon histoire personnelle ou de ma relation amoureuse qui a duré 10 ans. J’essaie de faire en sorte que l’on n’ait pas l’impression que je généralise ou que j’essentialise le vécu des femmes. Quand je me pose des questions sur ma légitimité, je suis toujours en hyper vigilance sur le fait de bien montrer que je parle de mon ressenti. Il est vrai que c’est une question que je me pose continuellement, parce que je ne veux pas qu’on sente que je parle à la place des autres. Pour l’instant je suis rassuré, je n’ai pas eu ces retours sur mon spectacle.

Vous avez suivi une formation de graphiste. Comment vous êtes-vous tourné vers la comédie et le stand-up ?

J’ai fait une terminale L, et juste après le bac j’ai fait de l’histoire et du théâtre de façon assez active. Après je me suis réorienté, j’ai débuté dans la communication visuelle, parce que je dessinais, je faisais de la photo, de la vidéo, de l’écriture.

Ensuite, je me suis mis en free-lance et j’ai développé de nombreux projets personnels qui étaient toujours très engagés sur l’actualité, la société et les sujets qui comptaient pour moi : le féminisme, l’égalité et les valeurs de gauche. Tous ces projets avaient pour volonté d’être créatifs et drôles, parce que c’était aussi mon mode d’expression que de passer par la comédie. J’écrivais des slogans, des petits films, des stratégies pour des projets de site web de campagne et en plus j’ai eu la chance de travailler sur des projets assez engagés…

Puis, j’en ai eu mare d’être derrière un ordinateur, j’ai compris que ce que j’aimais le plus c’était écrire. J’ai commencé à travailler sur des projets où je me mettais en scène, je faisais de la voix off, je revenais à ce plaisir du jeu. En fait, depuis toujours c’était le truc qui me faisait le plus fantasmer. A un moment, je me suis dit : «vas y, lance toi.»

Entre le moment où j’ai pris le goût du jeu et le moment où je me suis lancé, il s’est passé presque 10 ans pour que je comprenne où était vraiment ma place.

Quelles ont été vos influences dans le stand-up et plus largement en comédie ?

J’ai consommé beaucoup de comédies. Je me souviens quand j’étais petit que je regardais beaucoup Michel Courtemanche. C’est un humoriste québécois qui fait beaucoup de mimiques, très cartoonesque. Pour moi c’est vraiment comme ça que je vois le jeu d’humoriste, c’est d’être un dessin-animé vivant sur scène. J’ai aussi beaucoup été influencé par les Simpsons, c’est vraiment l’alpha et l’omega de la comédie. Puis par beaucoup de BD aussi, j’ai vraiment appris à lire dans des bulles comme dit mon père. Et bien sûr il y a eu les Nuls, les Inconnus, Jamel…

J’ai aussi été très influencé par les comiques américains. Je suis obligé de le citer parce que c’est la référence mais quand j’ai découvert Richard Pryor ce fut une révélation. C’est à ce moment là que j’ai vraiment été boulimique de l’écriture américaine et donc de Louis CK, Jerry Seinfeld, etc.

Comment en êtes-vous venu à faire un spectacle qui traite du féminisme ?

Comme je le disais, ce sont des sujets qui me touchent et dont je parlais beaucoup et pour faire de la comédie il faut partir de qui on est, de soi-même. Ce sont des thématiques qui m’ont toujours animé, j’ai deux grandes sœurs avec qui je suis très complice qui m’ont éveillé à ces sujets. Je pense que c’est surtout une histoire de place, moi ma place c’est celle d’un petit frère très influencé par ses sœurs, très admiratif, très observateur, celle d’un garçon qui peut se sentir en décalage par rapport à une masculinité dominante. J’ai puisé dans ce décalage en essayant de le tourner en dérision pour rendre une thématique grave, comique. Par l’auto-dérision, je me permets d’aborder la question de la masculinité, des normes, de la façon dont on nous éduque, etc. Puis la dernière impulsion pour moi a été le moment #MeeToo et le fait de se rentre compte qu’il y avait un vrai déficit de parole masculine sur le féminisme. J’ai compris que j’avais une responsabilité. J’ai la chance de pouvoir parler dans un micro, donc il faut en profiter.

Vous parlez de l’influence de vos sœurs et dans ce spectacle on ressent, aussi, beaucoup l’influence de vos amis. Ont-ils une influence importante sur vous  ?

Oui, en fait ce sont des leviers qui permettent d’aborder les sujets. Parler de mes sœurs me permet d’aborder le sujet de l’éducation. Parler du couple, de l’amour me permet d’évoquer le quotidien et l’intime, donc d’évoquer un autre lien. Évoquer mes potes, c’est le moyen de parler de l’amitié et donc aussi de la sociabilisation des garçons. C’est un levier pour pouvoir parler de quelque chose à laquelle tout le monde va pouvoir s’identifier, mais sans pour autant généraliser parce que je parle de mon expérience.

Dans votre spectacle vous évoquez le poids de la maternité pour les femmes, qu’est-ce qui vous a inspiré pour traiter cette question ?

Je pars tout le temps de mon expérience et de mon vécu. Là, en l’occurrence, c’est indirectement mais c’est quelque chose que j’ai pu ressentir pour mon ex, pour mes sœurs, pour mes copines. Mon vécu m’a donné l’impression que c’était un sujet important, puis c’était aussi important pour moi, étant un mec, de parler du fait q’une injonction forte à la maternité pèse sur les femmes, ce qui n’est pas le cas pour les hommes.

Quels projets pour l’avenir de Bonhomme ?

Pour l’instant il y a le spectacle Bonhomme qui devrait se jouer jusqu’en juin à la Comédie des 3 Bornes et après l’idée est d’aller jouer ailleurs, à Paris. Mon projet est d’exporter mon spectacle ailleurs en France, dans le courant de l’année 2020.

 

Propos recueillis par Hugo Tetu 50-50 magazine

 

Lien: “Bonhomme” :  Comédie des 3 Bornes le samedi à 19h

 

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