Articles récents Oh Maman ! Signé Hélène Zidi

A Avignon ou en tournée, courrez à l’enterrement de Maman ! Vous y rencontrerez ses deux filles et ses deux fils, dans une comédie grinçante et jubilatoire d’Hélène Zidi. On s’y retrouve !

Ah ! C’est Hélène Zidi qui signe la mise en scène de Oh Maman !… Sans connaître la pièce, ça donne envie de pousser la porte du théâtre. En l’occurrence celui du Roi René à Avignon, dont elle a repris la direction artistique. Et où elle a donné son magnifique Camille contre Claudel, une pièce qu’elle a écrite et jouée avec sa fille plusieurs saisons en Avignon puis en tournée. Comédienne formée au conservatoire de Nice, elle consacre maintenant son expérience et sa sensibilité à la production de spectacles et à la formation de jeunes comédien.es au Laboratoire de l’acteur qu’elle a fondé en 2001.

Fille d’une famille nombreuse – sept frères et sœurs – Hélène Zidi a été immédiatement séduite par Oh Maman !, texte écrit par le prolifique Stéphane Guérin, «par son écriture très cinématographique, incisive, drôle, poignante, et le cynisme avec lequel il a traité la pièce. Comme dans une famille, on y pleure et on y rit… c’est jubilatoire. On s’y reconnaît et surtout on se pardonne !»

Alors ? L’héroïne, c’est la grande absente de la pièce : Maman, qui est morte ce matin. Les deux sœurs et les deux frères se retrouvent le jour-même, pour assister ensemble aux obsèques de Maman, préparées au mieux et au moins cher par Gwen qui les loge chez elle en attendant le jour J. Des mesquineries drolatiques et un peu pitoyables, des jalousies plus ou moins larvées, des souvenirs aimables ou très désagréables, des suspicions et des alliances qui se font et se défont, tout y passe.

Maman préfère ses fils…

Au fil de la pièce magistralement interprétée par les comédien.nes de La compagnie du Out, les caractères se découvrent. Gwen (Garance Bocobza), vulgaire, intéressée et sans doute un peu maltraitante, qui s’est occupée comme elle a pu de leur mère après son AVC, est terriblement attachante. Gwlad (Alysson Paradis), effacée, gentillette, soutenant sa sœur, en veut un peu à ses frères… elle sait bien que c’étaient eux, les préférés de Maman, bien qu’ils ne se soient que peu occupé d’elle. Tim (Grégory-Antoine Magana), l’aîné, l’intellectuel du lot, un écrivain homosexuel en pleine rupture amoureuse, distant et amusé, un rien prétentieux, est énervé par sa fratrie. Le petit dernier, c’est Tom (Guillaume Sentou), couvé par ses parents, épileptique, fonctionnaire, qui cherche la protection de son grand frère, souvent en vain.

La bande son est un régal. Que préférera Maman pour ses obsèques ? Le Vivaldi de Tim, le Porche te vas de Gwen ? Finalement, c’est le fameux Quand je t’aime de Demis Roussos qui les rassemble tous/toutes, playback et chorégraphie maison à l’appui… Un moment de complicité enfin. Au milieu de la scène, un énorme coffre de bois devient tantôt table de salle à manger de Maman (dont le beau portrait lumineux surplombe le plateau), autel de l’église, rayonnage du supermarché (ah, les néons blafards qui descendent éclairer les lieux !), couchage des frères chez la sœur, cercueil, caveau…

L’ensemble est simple, efficace, beau. L’effet de réalité est parfois saisissant, même si l’on sait bien sûr que l’on est au théâtre. Tout y est. C’est comme dans la vraie vie. En filigrane, se dessine le portrait de Maman, qui a su si bien élever ses enfants les un.es contre les autres.

Sylvie Debras 50 50 Magazine

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