Articles récents \ France \ Société Anaëlle Le Blévec : “Le sport a pour bienfait de rendre l’insertion socio-professionnelle des femmes plus facile”

Anaëlle Le Blévec atteinte d’une maladie génétique évolutive et incurable est une femme d’une force exceptionnelle, passionnée par de nombreux sports. Elle est championne de France 2017 de surf et pratique, entre autres, le parachutisme handisport. La Fédération Nationale des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (FNCNIDFF) lui a demandé d’être marraine de la deuxième édition de son projet TouteSport qui encourage la pratique sportive des femmes des quartiers prioritaires de la politique de la ville et des territoires ruraux en tant que vecteur de confiance en soi, d’autonomie et d’insertion socioprofessionnelle.

Qu’est ce qui vous a incité à être marraine de TouteSport, ce projet qui propose le sport comme outil d’insertion socio-professionnelle des femmes ?

Je dois d’abord dire que j’ai été très touchée et flattée que la FNCIDFF pense à moi comme marraine. Cela m’a permis de découvrir un très beau projet, dans lequel je me retrouve parfaitement, de rencontrer des femmes fortes et inspirantes.

Le projet propose aux femmes, ni plus ni moins, tout ce que j’ai découvert ces dernières années par le biais du sport. Par la pratique sportive encadrée, ces femmes créent du lien social, re-découvrent leur corps, s’autorisent du temps pour elles, acquièrent de la confiance en elles en constatant leurs progrès dans leur sport. Le sport a pour bienfait de rendre l’insertion socio-professionnelle des femmes plus facile. Il était donc tout simplement évident pour moi de marrainer le projet TouteSport, pour faire en sorte que le maximum de femmes vivent ce que j’ai moi-même vécu, et ressentent l’intensité du bonheur que le sport peut apporter.

Quel est votre parcours en tant que femme sportive ?

Je pratique des activités sportives depuis l’enfance. Je suis passée par l’équitation, la danse contemporaine, l’escalade, la salsa, la salle de musculation, etc. Mais j’ai vraiment découvert tous les bienfaits du sport et le plaisir intense et assez unique en son genre de sa pratique par le biais du handisport. En effet, porteuse d’un handicap depuis l’âge de 4 ans (lié à une maladie génétique neuro-musculaire du nom de Strümpell Lorrain), il était difficile pour moi de réaliser les gestes physiques que nécessitaient la pratique de ces sports. En découvrant le handisbasket (qui se pratique en fauteuil), il m’était alors possible de progresser à hauteur de mes réelles capacités physiques, en exploitant uniquement les parties de mon corps parfaitement fonctionnelles. La pratique devenait adaptée, donc mieux réalisée, et évidemment sources de bienfaits physiques et psychologiques plus intenses. Quelques années plus tard, je me suis mise au tennis en fauteuil et au surf, jusqu’à obtenir une médaille d’or aux championnats de France en 2017, dans ma catégorie. Actuellement, je pratique, en compétition, le parachutisme handisport (handifly).

Quels sont pour vous les freins à la pratique sportive que vivent les femmes ?

Il y a d’abord des contraintes purement organisationnelles, qui découlent du rôle des femmes dans la société. Une femme s’autorisera moins facilement qu’un homme à prendre du temps pour elle. Les femmes, et les mères d’autant plus, ont plusieurs journées de travail en une. Avant et après les horaires professionnels, elles font les courses, le repas, le ménage, s’occupent des enfants, etc. et s’octroient peu de temps pour elles-mêmes. Elles disent ne pas avoir le temps de faire du sport, alors que les hommes (pères et professionnellement actifs) en trouvent bien plus aisément.

Il existe aussi des contraintes plus matérielles : le manque de clubs féminins pour certains sports par exemple. Une récente étude montrait que près de la moitié de la population pensait encore qu’il y avait des sports plutôt réservés aux hommes et d’autres aux femmes. Il peut donc manquer de sections féminines, par manque de volonté du club ou par manque de pratiquantes. Il peut aussi manquer de moyens de transport pour s’y rendre. Nombreuses sont les femmes, et à juste titre, qui craignent de se rendre seules au sport le soir ou bien qui n’osent pas aller courir seules.

Certaines ne se disent « pas sportive », alors que personne ne l’est plus qu’un ou une autre. Sauf que les hommes, et les garçons à l’école, pour rentrer dans le moule de « l’homme viril » et donc les codes genrés de notre société patriarcale, sont plus soutenus et poussés à se mettre à sport. C’est comme « naturel » pour un homme de se dépenser physiquement, c’est ce qu’on nous a fait croire. On dit des filles, qu’elles ne courent pas assez vite, qu’elles sont feignantes et nulles sur un terrain, qu’elles ne comprennent rien aux règles etc. Alors, devenue adultes, nombre de femmes ont intégré cette idée, que le sport n’était pas pour elles, au nom d’un genre finalement.

Que dites vous aux jeunes filles/femmes qui n’osent pas se lancer dans un sport ?

J’essaye d’abord de savoir ce qui les freine, ce sont souvent les mêmes raisons qui reviennent.

Je leur demande aussi ce qu’elles aimeraient faire, leur désir sportif le plus profond, le plus fou, celui qu’elles n’ont probablement même jamais envisagé, se l’interdisant automatiquement. Et selon leur réponse, je leur conseille, justement, de se lancer dans celui-ci. Elles en ont forcément les capacités, comme tout le monde finalement. Il suffit de se lancer, et tout le monde, même les meilleur.es sportives/sportifs internationales/internationaux ont bien dû se lancer et débuter un jour. Et si, en se faisant confiance, elles parviennent à réaliser ce sport, à progresser et y trouver du plaisir, d’autres obstacles ont toutes les chances de leur paraître bien moins infranchissables.

Il peut aussi m’arriver de leur parler de mon expérience, que mon corps n’était pas fait pour faire du sport, pas comme la société l’entendait du moins, et que pourtant, je m’y suis mise, de manière intensive, et en ayant de réels résultats !

Je leur parle de tous les bonheurs et plaisir physiques, psychologiques et sociaux qu’elles y gagneront, et ils sont nombreux, alors c’est facile !

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine

 

Colloque TouteSport : 3 décembre 2019

9h30 – 12h15 Ministère des Sports 95 avenue de France 7503 Paris

13h45 – 16h30 Temps culturel et de partage pour les participantes au projet

 

50-50 magazine est partenaire de TouteSport

 

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