Culture \ Livres Le féminisme pour les Nul.le.s : 450 pages de féminisme

Le féminisme pour les Nul.le.s a été co-écrit par Margaux Collet, Claire Guiraud, Mine Günbay et Romain Sabathier, sous la direction de Danielle Bousquet, ancienne présidente du Haut Conseil à l’Egalité. Il est préfacé par Sofia Aram. Le principe de la collection est respecté : une information succincte et accessible pour s’initier et comprendre quand on n’y connaît rien. Mais le volume est bien plus qu’une initiation, il présente une somme impressionnante de données théoriques qui déborde largement le cadre de la collection. 

En vingt-quatre chapitres, les autrices et l’auteur dressent un tableau exhaustif, structuré en quatre grandes parties, de l’état des rapports femmes/hommes en France et dans le monde.

En première partie, les A B C D du féminisme retracent l’histoire, jusqu‘à la révolution française, des dominations masculines en faisant l‘inventaire de tous les aspects de cette domination et de la patiente mais persistante résistance des femmes.

La chronologie des luttes féministes, en deuxième partie, raconte la lente conquête d‘une citoyenneté égalitaire, sur la base des droits de l‘homme et du citoyen de 1789 dont les femmes sont sciemment exclues, jusqu‘à la conquête du droit de vote en 1945. Puis viennent les «Trente glorieuses de la libération des corps », et enfin un état des lieux actuel des politiques d’égalité.

La troisième partie décortique les différentes théories féministes, les grands courants de pensée qui ont traversé le féminisme. Un chapitre entier est consacré au Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et dans les chapitres suivants les différents courants qui lui ont fait suite: le féminisme constructiviste ou s‘y sont opposé: le différentialisme. Pour chaque théorie, un résumé, des œuvres-clés et des renvois clairs d‘une notion à l‘autre permettent d‘entrer facilement dans les théories féministes, si l‘on désire les comprendre sans se pencher sur leur histoire. Un chapitre est consacré au croisement du sexisme avec d‘autres oppressions. Un autre à l‘établissement du féminisme dans les universités, comme sujet d‘études et surtout comme façon d‘étudier.

Le titre de la quatrième partie: „lutter contre les inégalités et les débusquer partout“ est un vrai programme d‘actions.  C‘est la partie la plus concrète et la plus utile à toute lectrice ou lecteur désirant s‘engager dans la lutte anti-sexiste. Les violences masculines, la culture du viol sont déterminantes dans la vie des femmes, et elles n‘ont que peu de ressources pour y faire face, que ce soit au niveau national ou international. Les autrices/auteur n‘en restent pas à ce constat mais énumèrent tout ce que l‘on peut entreprendre contre le patriarcat, rendant hommage au passage à toutes celles qui se sont élevées depuis des siècles contre les violences masculines, dont le mouvement Metoo est l’expression la plus actuelle.

La parentalité concentre tous les obstacles à l‘égalité entre femmes et hommes, qui deviennent pires encore entre mères et pères. Les enfants des deux sexes sont les premières victimes de violences machistes, victimes d‘ incestes et témoins de violences conjugales.

Dans l‘enfance se créent et se consolident la majorité des stéréotypes sexuels, d‘où l‘urgence d‘éduquer à l‘égalité dès la crèche. L‘école, les médias, la culture, la publicité et la rue: autant de terrains d‘action des politiques d’égalité où les actions en cours, les victoires et les défaites sont détaillées.

La décision de faire passer la lutte anti-sexiste comme une priorité est une décision politique, mais la république est à l‘image de sa devise: elle comprend la fraternité, et non l‘adelphité (qui inclut les femmes).

Les femmes dans les lieux de pouvoir sont à la fois un résultat et un moyen de la lutte: si les femmes parviennent au pouvoir, c‘est qu‘elles adoptent en partie les mêmes comportements de domination et les mêmes stratégies d‘élimination des concurrentes que les hommes. Pourtant, seules des visions de femmes peuvent faire avancer les choses pour que les citoyennes soient autant actrices de leur vie que les citoyens, autant représentées dans l‘espace public, autant prises en compte dans les décisions politiques. La parité, ses qualités, ses défauts, ses contournements par les partis, tout le questionnement sur son fonctionnement et son efficacité est évoqué.

Malgré la brièveté du dernier chapitre consacré aux droits des femmes au travail, aux inégalités salariales et au harcèlement, une liste d‘associations sectorielles permet de prendre connaissance des revendications des femmes et de l‘état des lieux de la parité dans différents secteurs de l‘économie.

Les sexualités et le corps féminin comme enjeux féministes sont l‘objet du chapitre 18 : un tour d‘horizon de toutes les implications des corps dans la vie, la politique et bien sûr des oppressions que subissent les femmes. Les autrices évoquent les violences gynécologiques, les questions de santé reproductive et le recul du droit à l‘IVG mais aussi la prostitution et la pornographie, lieux de la marchandisation de la sexualité. Les différentes mesures prises depuis 2016 pour faciliter la sortie de prostitution des femmes et pénaliser leurs clients sont expliquées.

En annexe on trouve un certain nombre de courtes biographies et des listes de films, de livres et de chansons féministes et surtout un index très complet qui permet de circuler facilement d‘un chapitre à l‘autre de cet ouvrage très touffu.

Florence-Lina Humbert 50–50 Magazine

Le féminisme pour les Nul.le.s sous la direction de Danielle Bousquet, co-écrit par Margaux Collet, Claire Guiraud, Mine Günsbay et Romain Sabathier, préfacé par Sofia Aram. Ed First 2019

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