Culture \ Cinéma La Bonne épouse : une comédie féministe et burlesque

La Bonne épouse est une comédie légère et un peu loufoque, délicieusement vintage pour un déconfinement joyeusement féministe ! L’action se passe dans une école ménagère en 1968, établissement qui fleurissait encore à l’époque pour former de parfaites petites femmes au foyer.

Le film est servi par des actrices atypiques et irrésistibles dans leurs rôles respectifs : Noemie Lvovsky incarne une bonne sœur, ancienne résistante, caricature de la bienséance mais qui n’hésite pas à fumer en privé et sortir le fusil pour terroriser une petite rebelle du pensionnat qui a « découché ». Yolande Moreau est Yolande, la sœur totalement fleur bleue mais déjantée de Juliette Binoche, alias Paulette Van der Beck, directrice de l’établissement. Juliette Binoche est la seule qui soit conforme à la norme de l’époque mais elle va vite y déroger.  Son mari, Robert VDB,  François Berléand,  incarne le patriarcat décomplexé. Martin Provost le fait vite mourir, et quelle belle utopie, le patriarcat disparaît dans un épisode drolatique.

L’auteur use de loufoqueries improbables pour faire avancer sa comédie bien rythmée.

Le côté vintage est bien documenté, et celles et ceux qui avaient 15 ans en 1968 reconnaîtront la musique d’Adamo pour ouvrir le bal avec l’inénarrable Yolande Moreau dansant sur l’air romantico-mélancolique de « tombe la neige ». On y retrouve aussi d’autres personnages médiatiques de l’époque tels Guy Lux et Anne-Marie Peysson.

La comédie ne serait pas parfaite sans un décor bucolique, la campagne alsacienne en l’occurrence, et une idylle romantique qui n’est pas le centre du propos. La prise de vue est doucement esthétisée et l’on se régale dans cette ambiance assez bon enfant entre cuisine de grand-mère et pensionnat – manoir, niché dans un grand jardin rempli de fleurs.

On aimerait que le patriarcat meurt d’un coup comme dans le film et soit remplacé par une masculinité de qualité qui saurait respecter les femmes et partager les tâches domestiques, ici incarnée par Edouard Baer. Oui c’est de la fiction mais bon, il faut admettre qu’on a quand même fait un bout de chemin depuis 1968 !

On passe un bon moment de légèreté avec cette comédie où le « male gaze » est absent, Martin Provost nous livre en effet des caractères féminins déjantés et natures. Les jeunes filles du pensionnat sont des filles qu’on pourrait rencontrer au coin de la rue.

Le propos du cinéaste est clair et sans équivoque : on formait dans les écoles ménagères pour jeunes filles désargentées en général, des futures esclaves domestiques, et la révolution féministe est une cause juste. Paulette VDB, femme du patriarche décédé, va se transformer sous nos yeux et suivre avec son école cette révolution en marche…

On espère que ceux et celles qui n’avaient pas compris l’intérêt et la justice du partage des tâches ménagères et autres conquêtes féministes comme le droit au travail, le droit au plaisir et un compte en banque personnel, se réveilleront car force est de constater, que, depuis 1968, le partage des tâches reste encore bien inégal.

Enfin, oubliez tout et laissez vous porter par cette douce fable utopique pendant 1h50.

Roselyne Segalen 50-50 magazine

La bonne épouse de Martin Provost est à l’affiche dans de nombreuses salles depuis le 22 juin. Les Actrices principales : Juliette Binoche, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau; les acteurs : François Berléand et Edouard Baer.

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