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À Paris, une mère isolée en voie d'expulsion

Le 1er avril, quand la trêve hivernale prendra fin, Nadège 41 ans et ses deux enfants se retrouveront probablement à la rue. La mère de famille raconte : surendettement, salaire insuffisant, isolation et cerise sur le gâteau, une pandémie mondiale.

En 2017 Nadège se retrouve seule avec l’éducation de sa fille sur les épaules dans un appartement parisien de 70 m2, coûtant 1287 € par mois. Tout commence lorsqu’elle demande le divorce. Une fois celui-ci prononcé, son ex-mari et elle se mettent d’accord sur une pension alimentaire de 200 € pour sa fille, Élise et sur un périmètre d’habitation, afin que le père puisse exercer son droit de visite. La vie de Nadège suit son cours avec un nouveau compagnon.  Mais ce dernier prend la fuite comme un voleur, à l’annonce de l’arrivée d’un petit garçon. Il n’apporte aucun soutien à Nadège pour l’éducation de son fils biologique. Aujourd’hui, Nadège est seule avec deux enfants, un chien, un salaire lissé (1) de 1800 € et un coût de la vie conçu pour deux qui reste inchangé.

Quand tout tombe de Charybde en Scylla

En parallèle à sa demande de divorce, Nadège a enclenché des démarches dans le dessein d’obtenir un logement social adapté à son revenu et à ses besoins. Elle perçoit chaque mois entre 1300 et 1500 € sauf en juin et en décembre, mois durant lesquelles elle perçoit le double. En conséquence, tout au long de l’année, elle doit se débrouiller pour payer un loyer et des charges au-dessus de son revenu mensuel. Employée à temps plein la journée et auto-entrepreneuse (maquilleuse, décoratrice et bijoutière) les soirs et les week-ends,  jusqu’en 2019 elle réussit tant bien que mal à arrondir ses fins de mois. À la fin de cette année-là elle ne paye déjà qu’une partie de son loyer en pensant pouvoir rattraper sa dette en 2020, « ma priorité reste quand même de nourrir mes enfants » ajoute-t-elle.

En effet, les grèves de transport qui rendent difficiles ses déplacements ont réduit considérablement son revenu mensuel. Une petite dette se creuse, mais confiante elle ne lâche pas prise jusqu’à l’arrivée d’un virus inopiné qui la rendra très malade et creusera d’autant plus cette dette qui s’élève alors à près de 10 000 €. Avec un tel arriéré, son bailleur l’emmène devant les tribunaux qui, le 10 septembre 2020, jugeront que Nadège et ses enfants âgés de 8 et 2 ans doivent quitter les lieux à la fin de la trêve hivernale qui, cette année, est prolongée jusqu’au 1er juin.

Avec cet avis d’expulsion, sans lequel avec son salaire elle ne serait pas éligible, elle a monté un dossier DALO (2), un dossier pour l’accord collectif et un dossier de surendettement. Les longs délais d’attente avant l’obtention d’un avis favorable ou non ne lui assurent pas forcément une réponse avant qu’elle ait à faire ses bagages pour la rue. Assimilée fonctionnaire depuis huit ans, « je passe ma vie à aider les gens et à les sortir de la “merde” » martèle Nadège qui ressent beaucoup d’injustice à son égard.

Ni assez riche ni assez pauvre

« Comme un cadeau de Noël le 24 décembre, j’ai reçu un courrier de la Banque de France. Il fait suite à mon dossier de surendettement et ma dette a été annulée. J’ai montré que je n’avais aucune dépense superflue et que je me démenais pour joindre les deux bouts et mon problème du loyer n’est pas de la mauvaise foi » explique Nadège. Seulement, cela ne résout pas son besoin d’être relogée afin d’éviter le passage par la rue et une nouvelle dette en raison d’un loyer trop élevé.

Avec l’aide de son assistante sociale et de son employeur, ces derniers mois, elle visite plusieurs appartements. Malheureusement, en quatre ans son dossier n’a jamais été retenu. Elle demande les raisons au bailleur social qui lui répond qu’avoir une telle locataire est trop risqué : « on est sûr de ne pas avoir de problème avec les personnes qui ont les moyens et les personnes qui bénéficient d’aides sociales, car la CAF, les APL ou encore le Fond de Solidarité pour le Logement (FSL) pourront payer. » Dans sa situation intermédiaire, Nadège est à la fois trop pauvre pour payer son loyer et trop riche pour obtenir certaines aides sociales comme les APL. En effet, jusqu’au 1er janvier 2021 le calcul pour l’aide au logement se faisait sur les revenus perçus deux ans avant la demande, soit à N-2, ce qui n’est pas représentatif de la situation actuelle d’une personne en précarité. Désormais, pour mieux s’adapter, l’éligibilité sera évaluée sur les 12 derniers mois et pourra être mise à jour tous les 3 mois.

S’il y a deux ans, avec tous ses emplois cumulés, Nadège dépassait le plafond d’éligibilité à l’APL, aujourd’hui cela pourra être mieux calculé bien que cela ne résout pas son problème de logement. Comme toujours, le manque de logements sociaux pérennes se fait sentir en île de France.

Fatoumata Sillah 50-50 magazine

1 Un salaire lissé indique le salaire annuel perçu divisé par le nombre de mois travaillé.

2  Droit Au Logement Opposable.

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