Articles récents \ DÉBATS \ Tribunes Elles luttent et avancent

Depuis des années, le 8 mars est l’occasion pour les VigilantEs de rappeler les valeurs fondatrices du féminisme, et son inscription dans l’universalité des droits.

Alors qu’un certain « féminisme » cherche à enfermer les femmes dans leur culture d’origine, leur religion, voire même leur « race », nous choisissons de mettre en lumière des femmes, qui loin de tout déterminisme, loin de se résigner à s’enfermer dans le rôle de victime, se battent ou ont mené des combats déterminants pour faire avancer les droits des femmes, et ainsi les sociétés vers plus d’humanité et de justice.

Les échanges entre pays et cultures se sont accélérés, il doit en être de même pour l’émancipation des femmes.  Nous savons que faire avancer les droits des femmes ici, permet l’émancipation là-bas, et inversement.

Nous souhaitons mettre en lumière les avancées ci-dessous, la liste n’étant pas exhaustive.

  • Droits à l’IVG en Argentine

En 2020, les féministes argentines et leurs alliés, regroupées au sein de la coalition « Campagne Nationale pour le Droit à un Avortement Légal Sûr et Gratuit », ont réussi à obtenir le vote par le Congrès (Assemblée + Sénat) d’une loi autorisant l’avortement, et ce, malgré l’opposition du Vatican, de l’église catholique, et des évangéliques.

En 2018, une première étape avait été franchie à l’Assemblée mais le Sénat avait rejeté le texte. Alberto Fernandez, alors candidat à l’élection présidentielle, avait promis pendant sa campagne électorale de soumettre à nouveau la légalisation de l’IVG aux parlementaires. Une fois élu, le texte fut soumis au vote des parlementaires. Une victoire et un espoir pour les femmes des pays d’Amérique latine.

  • Justice pour les esclaves sexuelles de l’armée impériale nippone

On les appelait « femmes de réconfort ». Dans les années 30 et 40 près de 200 000 jeunes filles, en majorité coréennes, ont été contraintes à se prostituer dans des maisons closes, au service de l’armée impériale nippone. Force est de constater que la colonisation s’accompagne souvent d’une forme d’esclavage sexuel des femmes.  Dans les années 90, féministes japonaises et coréennes s’élèvent ensemble contre le tourisme sexuel des cadres japonais en Corée. Elles remarquent alors que les lieux de prostitution se superposent avec ceux des anciennes « maisons de réconfort ». Suite aux centaines de manifestations demandant la reconnaissance officielle des « femmes de réconfort », une Fondation leur a été dédiée. Le 8 janvier 2021, 12 femmes ex-esclaves sexuelles, ont été reconnues victimes de « préjudice mental » par le tribunal de Séoul. Il reste une vingtaine de survivantes de cet esclavage sexuel.

  • Mutilations sexuelles féminines

L’excision, fondée sur des traditions et des stéréotypes sexistes, reste une pratique de contrôle du corps des femmes des plus barbares. 200 millions de fillettes et femmes dans le monde l’ont subie.

Au Soudan, les femmes ont été en 2018, à la pointe du combat qui a abouti à la chute du régime d’Oma Al-Bachir soutenu par les islamistes. Elles ont obtenu du nouveau gouvernement la criminalisation de l’excision. Mais dans un pays où 90% des femmes sont excisées, la loi, ne suffira pas. Par exemple, en Egypte où les mutilations génitales sont interdites depuis 2008, on compte encore 91% de femmes excisées. En France, où l’excision est criminalisée depuis 2006, l’excision touche encore les femmes migrantes ou exilées issues des pays où elle est une pratique courante. Le gouvernement a lancé avec les ONG et associations concernées un plan de lutte contre l’excision.

  • Port du voile : Masih Alinejad, porte-voix des iraniennes qui osent ôter leur hijab

En 2014, elle commence sa campagne contre le port obligatoire du foulard, en appelant les femmes à poster sur les réseaux sociaux des photos d’elles non voilées. Cette première campagne s’appellera « #MyStealthyFreedom » où l’on verra des centaines de femmes poser sans voile, au risque d’un emprisonnement dans l’Iran des mollahs. Puis viendra la campagne « #WhiteWednesdays » où l’on verra des femmes cheveux au vent, et portant un châle blanc au bout d’un bâton.  Et enfin la campagne vidéo « #MyCameraMyWeapon » où des femmes n’hésitent pas à affronter les gardiens et gardiennes de la révolution.  Aujourd’hui le compte Instagram de Masih Alinejad qui réside aux USA, compte 3 millions de followers. Elle soutient les femmes emprisonnées pour non-port du voile, dont Nasrin Sotoudeh.  Elle demande aussi aux femmes des gouvernements du monde entier de ne pas se voiler quand elles vont en Iran !

Remercions les joueuses allemandes de beach-volley d’avoir insisté pour jouer au Qatar dans leur tenue habituelle, le bikini.

  • Droit de conduire : Loujain Al-Hathloul icône de la lutte pour l’égalité femmes-hommes

A 31 ans, cette activiste féministe saoudienne, leader de la campagne « WomenToDrive », a obtenu la levée de l’interdiction de conduire pour les femmes.  En 2018, le monde entier « découvrait » via une vidéo virale, qu’en Arabie Saoudite, les femmes n’avaient pas le droit de conduire et que certaines osaient défier le pouvoir. Quelques mois plus tard, Loujain Al-Hathloul sera jetée en prison, puis condamnée par le tribunal antiterroriste du royaume saoudien. Ce 10 février 2021, elle est sortie de prison, après avoir subi torture et harcèlement sexuel, mais reste sous liberté conditionnelle. Sa libération a été saluée par les féministes universalistes du monde entier, et aussi par les présidents Joe Biden et Emmanuel Macron. Les féministes saoudiennes demandent l’abrogation du système de tutelle masculine.

  • Inceste 

Il n’y a pas qu’en France que les violences de l’inceste défrayent la chronique, en Tunisie, la juriste Monia Ben Jémia se bat contre le tabou de l’inceste avec son livre Les siestes du grand-père. Elle enjoint toutes les victimes de l’inceste à parler malgré le poids des silences et secrets familiaux.

  • Mariage des enfants, violences conjugales et brûlures à l’acide 

Au Yemen, A-Anoud Hussein Chariane, mariée à 12 ans, répudiée à 16 et défigurée à l’acide par son ex-mari qui voulait la récupérer, aujourd’hui à l’âge de 19 ans attend des opérations pour tenter de réparer ce qui peut l’être. Elle a décidé dans un pays où la justice ne lui vient pas en aide, malgré tout de de porter plainte contre son tortionnaire et de solliciter l’aide des ONG.

  • Viol 

Au Soudan, le hashtag #ItsNotOkay s’est répandu massivement après un viol collectif très violent. Rayan Mohammed du collectif Soudanese Women Revolution demande au ministre de la Justice de réviser la loi de 1991 sur les violences sexuelles pour que le viol soit reconnu comme un crime.

  • Harcèlement sexuel

Au Koweït, des femmes ont lancé « Je ne me tairai pas » avec une campagne sur les réseaux sociaux. La blogueuse Ascia Al-Faraj a posté une vidéo qui a déclenché un mouvement dans tout le pays.

En Egypte, à l’instar de l’étudiante Zeina Amr Al-Dessoky, des jeunes femmes dénoncent le harcèlement de rue sur les réseaux sociaux. Zeina anime un compte Instagram sur le harcèlement de rue, endémique en Egypte.

  • Le combat des femmes kurdes contre l’EI 

Les documentaires sur les combattantes kurdes contre l’Etat Islamique et leurs victoires, ont frappé nos imaginaires féministes. Militantes pour l’égalité des droits, pour la parité politique, solidaires des femmes Yézidies réduites en esclavage sexuel, elles font figure d’héroïnes. N’oublions pas qu’elles continuent de se battre, armes à la main, pour leur liberté, contre les forces djihadistes mais aussi contre la Turquie d’Erdogan. C’est aussi pour notre liberté.

Un petit tour du monde des luttes féministes nous rappelle que les femmes du monde entier ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour gagner leur liberté et l’égalité et que la solidarité internationale doit être de mise.

Les VigilantEs

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