France \ Santé Le cœur des femmes, les maladies cardiovasculaires mal prises en compte

Négligence, diagnostic tardif voire sexisme pour certains médecins, le cœur des femmes reste souvent peu pris en considération. Conséquences: les maladies cardio-vasculaires sont devenues la première cause de mortalité chez les femmes en France et en Europe. Des statistiques édifiantes… elles meurent 6 fois plus d’une maladie cardio-vasculaire que d’un cancer du sein. 55% des accidents cardiaques sont fatals chez les femmes contre 43% chez les hommes. A âge égal, les femmes ont plus de facteurs de risque que les hommes. 8 accidents cardio-vasculaires sur 10 seraient évitables grâce à une meilleure hygiène de vie et un dépistage adapté.

Une femme qui ressent une douleur au thorax, des accélérations du rythme cardiaque sans raisons apparentes ou un essoufflement anormal et ce, quel que soit son âge, ne souffre pas d’une crise d’angoisse mais peut-être d’une maladie cardio-vasculaire. Peu prises au sérieux, certain·es docteur·es enverront rarement une femme qui ne fume pas et qui n’est pas en surpoids chez le cardiologue si elle est âgée de moins 40 ans. Pourtant, l’hypertension, le diabète, le cholestérol ont un impact artériel plus toxique pour le cœur de ces dames que pour celui des hommes.

Depuis quelques années, on assiste à des campagnes de sensibilisation aussi bien auprès des professionnel·les de la santé qu’auprès des femmes pour une prise en charge adaptée, des examens et si besoin un rendez-vous chez la/le cardiologue dès l’âge de 40 ans. Car le cœur des femmes fonctionne différemment de celui des hommes : leurs artères sont plus fines rendant les opérations plus délicates. La régulation est différente ainsi que leurs signes d’alerte : essoufflement au moindre effort, douleurs thoraciques moins intenses, point douloureux dans le dos, prise de poids soudaine par exemple.

Une augmentation des maladies cardio-vasculaires liée principalement à la charge mentale et au stress

Sédentarité, augmentation du stress chronique liée à l’accélération du mode de vie et surtout à la charge mentale, en particulier pour les familles monoparentales, risques psycho-sociaux, malbouffe, tabagisme, surpoids, surmenage, cholestérol, diabète… Les femmes s’épuisent à la maison et au travail souvent à la limite du burn-out. Se reposant moins, elles se retrouvent alors plus exposées avec une santé fragilisée et une guérison plus difficile.

Évolution plus inquiétante encore, ces maladies touchent des femmes de plus en plus jeunes avec 10% de taux de mortalité chez les 25-44 ans. On retrouve l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébral en corrélation avec l’hypertension en nette progression depuis 20 ans.

Pire encore, elles sont les laissées-pour-compte dans le cadre de recherches scientifiques. En effet, celles-ci sont réalisées sur l’homme ou des animaux mâles. Les médicaments proposés sont donc mal adaptés aux femmes alors que leur vie hormonale nécessite une attention soutenue lors de leur première contraception, leur grossesse et surtout leur ménopause, qui influence grandement le système cardio-vasculaire. Des études ont noté qu’après 50 ans, les risques de thrombose s’accroissaient avec la ménopause.

Même les mannequins de secourisme sur lesquels s’exercent les professionnel·les de santé pour des massages cardiaques ne sont proposés qu’en bustes masculins (homme et garçonnet). Quelques entreprises spécialisées offrent depuis peu des modèles féminins.

Mais le plus grave, reste le cercle vicieux professionnel dans lequel certaines femmes restent piégées. Deux d’entre elles ont accepté de témoigner. Suite à son reclassement, Karine est reçue par le directeur des Ressources Humaines où des discussions s’enveniment à tel point qu’elle fait un spasme cardiaque. « Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. J’avais très mal au cœur, la mâchoire tétanisée, des picotements dans le bras gauche, des vertiges et je n’arrivais plus à respirer. Me voyant dans cet état, le directeur des ressources humaines m’a proposé un accord à l’amiable pour partir avec un mois de réflexion. J’ai réfléchi et j’ai accepté. Entre temps, le directeur était revenu sur sa proposition financière et la transaction ne s’est jamais réalisée. J’étais dans l’incapacité psychologique de réagir et j’ai perdu complètement confiance en moi. Je n’ai su qu’après que j’avais fait un spasme cardiaque (le symptôme du cœur brisé). »

Après un arrêt maladie de 3 mois, la docteure du travail lui conseille de reprendre son poste étant donné l’effet Covid. Et, en guise de solution, outre la prise de médicaments, celle d’éviter de croiser le directeur des ressources humaines dans les couloirs. Dès lors, Karine l’esquive car, dès qu’elle l’aperçoit son cœur s’emballe et sa cage thoracique se contracte. Cela fait un an que ça dure…

La commerciale, Danielle, s’est réveillée à l’hôpital après un malaise dans un centre commercial. Âgée d’à peine 45 ans, elle a fait un mini AVC qui lui a laissé une partie de sa paupière figée. « J’ai été reçue par ma hiérarchie car je ne faisais pas mes chiffres. La discussion s’est mal passée et j’étais très altérée en ressortant de cet entretien. J’ai eu l’impression que parce que j’étais une femme, j’ai eu droit à des reproches exagérés par rapport à mes collègues qui, eux-non plus, ne faisaient pas leurs chiffres. Au début, je défendais mon bilan commercial mais devant la violence de ses arguments, j’ai perdu pied. Mon corps a réagi quelques jours après. »

A quand une prise de conscience collective sur cette discrimination exercée sur la santé des femmes et une prise en compte de ces risques psycho-sociaux ? Mal soigner la moitié de la population et profiter de leurs conséquences en termes de santé morale et physique, c’est la mépriser, l’abuser et relève du pénal.

Un électrochoc sociétal est définitivement plus que nécessaire !

Laurence Dionigi 50-50 Magazine

SourcesFondation recherche cardio-vasculaire et Agir pour le cœur des femmes

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