Articles récents \ Monde Nathalie Galesne : « Avant d’être un média, Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes de la Méditerranée »

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Samia Allalou est co-présidente du média Medfeminiswiya avec Françoise Kayser, Nathalie Galesne en est la co-rédactrice en cheffe avec Maya El Ammar. Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes travaillant dans le domaine des médias et de la production de l’information dans la région méditerranéenne.

Qui a eu l’idée de créer ce média ?

Samia Allalou L’idée d’un réseau de journalistes féministes méditerranéennes a germé il y a quelques années au Fond pour les Femmes en Méditerranée, lors de nos réflexions stratégiques, mais c’était trop tôt, l’idée paraissait incroyable mais pas vraiment réalisable. Et puis en 2011, je suis allée chez Monica Lanfranco, activiste et journaliste italienne, de l’association Marea qui avait organisé Punto G à Genova.

Nous avons parlé toutes les deux du projet, d’autant plus qu’elle est elle-même journaliste, elle était super enthousiaste. Et en rentrant de Genova, je suis allée à Lyon pour parler de ce projet avec Françoise Kayser, de l’association Femmes contre les intégrismes aujourd’hui co-présidente de Medfeminiswiya qui était aussi très enthousiaste.

J’ai ensuite relancé le Fonds pour les Femmes en Méditerranée, mais bon, ce n’était pas encore le moment. Et puis en 2017, nous avons organisé une rencontre avec les conseillères du Fonds pour les Femmes en Méditerranée, des femmes d’associations, dont certaines étaient journalistes. Ce qui est ressorti de cette rencontre de trois jours sur les priorités pour les féministes de la Méditerranée, c’était un média féministe. Et donc cette idée de réseau de journalistes féministes et d’un média féministe méditerranéen a commencé à voir le jour. Et comme il nous restait de l’argent à l’issue de cette rencontre, nous l’avons utilisé pour former ce réseau.

Quelle est la ligne éditoriale de Medfeminiswiya ?

Nathalie Galesne  Avant d’être un média, Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes de la Méditerranée, en les encourageant à s’organiser collectivement par le biais de discussions de groupe régulières, de rencontres et de conférences féministes.

Pour rendre compte de la diversité, de la solidarité, et des idées qui circulent parmi elles, les femmes de ce réseau se sont dotées de la plateforme éponyme Medfeminiswiya. Le multilinguisme de ce média est contenu dans son nom même puisqu’il est composé de Med pour Méditerranée et Media, Fem pour femmes et Niswiya pour féministes en arabe.

Grâce aux informations qui paraissent en anglais, arabe et français, sa ligne éditoriale vise à faire entendre la voix des Méditerranéennes, à réduire le déficit d’informations sur les réalités qu’elles vivent, à démanteler les récits patriarcaux dominants en poussant, au besoin, au–delà des frontières de la  » mer du milieu « . Un accent est aussi mis sur le foisonnement des langages féministes, y compris artistiques.  L’objectif est également de travailler dans une dynamique de regards croisés autour de thèmes forts, transversaux à la Méditerranée.

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Quels sont les pays impliqués dans Medfeminiswiya ?

Nathalie Galesne Théoriquement ce sont tous les pays du pourtour de la Méditerranée, mais à ce stade, concrètement, les journalistes qui écrivent viennent d’Algérie, Croatie, Egypte, Espagne, France, Italie, Liban, Libye, Malte, Maroc, Palestine, Serbie, Tunisie et Turquie.

Avez-vous des partenaires ?

Nathalie Galesne Oui, bien sûr ! Toutes les associations féministes que nos journalistes rencontrent sur le terrain sont de potentielles partenaires, comme par exemple le réseau RAWSA pour le droit et l’accès des femmes à l’avortement sécurisé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous avons travaillé avec RAWSA pour notre cycle d’enquêtes sur les droits sexuels et reproductifs. Nous sommes également en contact avec de nombreuses associations anti-violences, notamment en Espagne, France, Italie, Palestine, Tunisie, Turquie, auxquelles nous avons consacré notre avant-dernier dossier.

Nous avons également un partenariat médiatique avec plusieurs magazines digitaux qui partagent notre ligne éditoriale féministe : 50-50 Magazine, le site BABELMED avec lequel nous réalisons et échangeons certains contenus, le site libanais DARAJ.

Nous allons aussi participer aux prochaines rencontres organisées par l’association coup de Soleil à Lyon pour présenter au public notre dossier sur Femmes et ruralité.

Enfin, et j’ai gardé le meilleur pour la fin, Medfeminiswiya a été accompagné, dès ses premiers balbutiements, avec une pugnacité hors pairs, par le Fonds pour les Femmes en Méditerranée. C’est en grande partie grâce au soutien apporté par ce partenaire privilégié que Medfeminiswiya existe comme réseau et comme plateforme.

Comment êtes-vous financées ?

Nathalie Galesne Nos financeurs sont la Fondation de France, le Fonds pour les Femmes en Méditerranéela Région Occitaniela Fondation Rosa Luxembourgla Délégation de la Commission européenne à TunisIls financent les activités du réseau et de la plateforme. Nous déplorons que l’information que nous produisons ne puisse bénéficier des aides que l’Etat français verse aux médias alors que notre site est totalement indépendant et que ses contenus journalistiques sont rémunérés. Ceci pour souligner à quel point le modèle économique des nouveaux médias est problématique.

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50Magazine

Article déjà publié le 24 février 2022

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