Articles récents \ France \ Société Éducation sexuelle: qu’en pensent les adolescent·es?

Une vingtaine d’adolescent·es ont été interrogé·es afin de donner leur avis sur des questions liées à la sexualité. Le micro-trottoir a été organisé à la sortie d’un lycée catholique. Chaque groupe de jeunes a été invité à parler de l’éducation sexuelle qu’elles/ils ont reçu lors de leur scolarité. Les retours, bien que peu surprenants, font état d’un grave échec de la part de l’Education Nationale.

L’éducation sexuelle est obligatoire en France depuis 2001. L’Education Nationale précise : “ Au moins trois séances annuelles d’éducation à la sexualité sont mises en place dans les collèges et les lycées. Elles relient et complètent les différents enseignements dispensés en cours ”. Ainsi, au moins trois séances thématiques autour de ces questions doivent être organisées par les établissements scolaires chaque année pour l’ensemble des élèves. De plus, l’éducation sexuelle doit aussi être abordée à travers les différentes matières au programme, qu’il s’agisse de la SVT, de l’enseignement moral et civique ou encore du français. Les sujets à aborder lors de ces séances sont les suivants :

C’est un programme plus qu’ambitieux, surtout sur un temps imparti aussi restreint. Ce graphique couvre en effet tous les sujets importants liés à l’éducation sexuelle. Toutefois, si les collèges et lycées y parvenaient, il n’y aurait rien à redire. Mais ce n’est pas toujours le cas. 

L’avis des premièr·es concerné·es 

Malgré la loi de 2001, il n’est pas rare que les établissements ne parviennent pas à offrir trois séances thématiques sur l’éducation sexuelle. Les adolescent·es interrogé·es témoignent notamment de cette situation. Dans un premier temps, la majorité d’entre elles/eux affirment d’ailleurs ne pas avoir reçu d’éducation sexuelle au cours de leur scolarité. Nous verrons que la réalité est plus nuancée mais ces déclarations permettent de constater que les séances proposées manquent peut-être de pertinence et d’impact. 

Le constat est clair : ces adolescent·es sont tout·es déçu·es. Pas un·e seul·e adolescent·e considère avoir été correctement éduqué·e sur ces questions. Pas un·e.

Un groupe précise qu’un chapitre de SVT est réservé à la reproduction animale et humaine :  “ En troisième, on nous apprend à faire des enfants. ” Cela compte comme de l’éducation sexuelle biologique. Cependant, selon elles/eux, leurs professeur·es ont fréquemment du retard sur le programme, et étant donné que c’est le dernier chapitre de l’année, il passe souvent à la trappe “ par faute de temps. ”. En plus de cela, les adolescent·es confient que le lien entre la reproduction animale et la sexualité humaine n’est pas toujours évident.

Outre le manque d’informations claires et explicites des cours au programme, ces adolescent·es reviennent également sur le décalage qui peut exister entre leurs besoins en matière d’éducation sexuelle et le contenu des séances thématiques dédiées qui leur ont été proposées au cours de leur scolarité. Dans un groupe composé de terminales, une jeune fille revient sur ses souvenirs d’une de ces journées : “ La première fois qu’on m’a parlé de quoi que ce soit lié au sexe, c’était en cinquième. Et ce n’était pas organisé par les profs mais par les mères d’élève. Des gens sont venus, ont séparé les filles et les garçons et nous ont parlé de notre anatomie. Donc chez les filles on étudiait le vagin et les règles mais ça restait très académique et c’est dommage. ” Son amie lui répond : “ Ah oui c’est vrai ! Et avec du recul ça me choque parce que tout ça tu as besoin de le savoir avant ton arrivée en cinquième. Il y a plein de filles qui ont leur règle en sixième voir en CM2. ” Elle a raison : selon une étude de l’INED, la moitié des filles de 13 ans ont déjà eu leurs règles. Ce qui veut dire que cette séance d’éducation sexuelle est arrivée trop tard pour la moitié des filles. Elle reprend en élaborant : “ Tu imagines toi du jour au lendemain tu as du sang dans ta culotte et tu ne sais pas pourquoi. » Une de ses amies lui répond : « Ouais mais ça c’est le rôle des mamans. » La responsabilité est imputée aux mères, encore une fois !

De plus, le manque de régularité de ces interventions peut conduire à un problème : si un·e adolescent·e a le malheur d’être absent·e le jour de la séance, alors elle/il loupe peut-être sa seule et unique chance d’en apprendre plus sur son corps,  sans espoir d’avoir un cours de rattrapage. C’est le cas d’une des jeunes filles du groupe : “ J’étais malade et mes potes m’en ont parlé le lendemain mais c’est pas pareil du tout. Après ça, il n’y a plus jamais rien eu. ”  

Dans un autre groupe composé de trois filles de seconde, elles soulignent qu’au collège, elles n’ont eu que quelques séminaires sur la question : “ Des personnes extérieures au collège sont venues pour qu’on discute. C’était surtout centré sur la protection. ” La protection fait bien sûr partie des thèmes phares dans l’éducation sexuelle, mais il n’est pas normal qu’elle se limite à cela.

Une pièce de théâtre “ infantilisante et gênante ”

Deux groupes racontent qu’au collège, leurs classes ont été emmenées au théâtre pour assister à une pièce sur la pornographie. Elles/ils avaient une quinzaine d’années à l’époque et pourtant, beaucoup d’entre elles/eux rapportent s’être senti·es infantilisé·es par cette pièce : “ On nous prend pour des enfants quand on nous parle de sexualité, on est grand·es quand même, il serait temps de nous parler correctement. ” Une autre fille qualifie la pièce de “ gênante ”.

La pièce de théâtre était à charge contre la pornographie et ça n’a pas plu à tout le monde : “ Ils ont trop donné leur avis sur le porno. ”, “ Moi ce qui me saoule le plus, c’est que le gars de la pièce il dit qu’il n’a jamais regardé de porno donc moi je peux pas le prendre au sérieux. Comment on peut parler de quelque chose qu’on ne connaît pas ? C’était n’importe quoi, non ? ” Ses amies semblaient partager son avis.

En plus de trop peu entendre parler d’éducation sexuelle, les adolescent·es interrogé·es semblent estimer que ces sujets sont mal traités. Que ce soit le corps enseignant ou les intervenant·es extérieur·es, rares sont celles/ceux qui savent réellement les préparer à cette question pourtant si présente dans la vie de la plupart des adultes.

Il n’est pas très surprenant que les adolescent·es se tournent vers d’autres intermédiaires pour accéder à une éducation sexuelle. Nombre d’entre elles/eux parlent notamment de vidéos qu’elles/ils ont pu visionner sur Tik Tok. Un adolescent raconte avoir croisé une vidéo humoristique où un jeune garçon parvenait à couper un concombre au travers d’une capote sans qu’elle ne craque. Au-delà de l’avoir fait rire, il raconte que ça l’a rassuré sur l’efficacité des préservatifs. Une de ses amies résume la chose à la perfection :  » Ça nous aide à nous développer, on se divertit mais on apprend des choses à la fois. « 

Eva Mordacq 50-50 Magazine 

Remerciements à Luna, Clara, Romane, Maria, Camila, Myriam, Denise, Flora, Terry, Enola, Paulain, Malo, Romain, Susie, Laurette et Lou pour leur participation et leur bonne humeur. 

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