France \ Société La constitutionalisation de l’IVG ?

Mardi 17 janvier était organisé à la Confédération du Planning Familial de Paris une conférence de presse sur la constitutionalisation de l’IVG. A quelques jours seulement du vote du projet de loi au Sénat, les invitées, dont Anne-Cécile Mailfert, Chantal Birman, Enora Malagré, Céline Thiebault-Martinez et Julie Gayet, ont rappelé les enjeux derrière la sécurisation du droit à l’avortement. Présente à cette conférence presse, Albane Gaillot, ex députée, rapporteuse de la proposition de loi visant à prolonger de deux semaines supplémentaires le délai légal pour une IVG. Elle est aujourd’hui chargée du plaidoyer national au Planning Familial.

En France, on remarque dans le champ du féminisme politique une appropriation par la droite et l’extrême droite de la loi Veil de 1975 sur l’IVG. Il y a une nécessité de réappropriation de cette loi, affirme l’une des intervenantes. La constitutionalisation de l’IVG est une thématique fondamentale et clé à plusieurs niveaux : c’est un projet à résonnance européenne, qui génère aujourd’hui une mobilisation transpartisane. La pétition pour l’inscription du droit à l’avortement a recueilli à ce jour près de 170 000 signatures, et il est nécessaire de rappeler que ce projet relève avant tout de la sécurisation d’un droit fondamental, celui des femmes à disposer de leur corps. Le droit à l’IVG est sans cesse menacé, en Europe, dans le monde entier, à toutes les échelles, tous les jours.

L’actualité aux Etats-Unis, en Iran, en Afghanistan, pour ne citer que ces pays, nous fait comprendre que les droits des femmes ne sont jamais acquis : c’est un combat perpétuel. Il semble que pour un pas en avant effectué, personne n’est à l’abri de voir son propre pays aussitôt en réaliser deux en arrière. Une femme sur trois aux Etats-Unis s’est vu arracher son droit d’accès à l’IVG. Huit Etats nord-américains ont totalement supprimé la possibilité d’un recours à l’avortement, y comprit en cas de viol, ou d’inceste, rappelle Céline Thiebault-Martinez. A moyen terme, l’abrogation de l’arrêt Roe versus Wade devrait aboutir à ce que 50% de femmes en âge de procréer soient en incapacité d’avorter. Les études mettent déjà en lumière la corrélation dans la société états-unienne entre dépression et privation du droit à l’IVG, soit un lien entre politique anti-avortement et suicide. Les pays européens ne sont pas épargnés par cette résurgence de courants ultra conservateurs et anti-choix : en Hongrie, chaque femme souhaitant avorter est désormais forcée d’écouter les battements de cœurs du fœtus. « Rien ne nous est épargné », conclut Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. La Pologne a rendu anticonstitutionnel la pratique de l’IVG en cas de maladie incurable ou de malformation du fœtus, l’Italie de Melonie prône désormais un « droit de vie du fœtus », tandis que le Premier ministre suédois a renoncé il y a peu à sa diplomatie féministe.

Quant-est -il de la diplomatie pro-choix ?

Dans un contexte mondial post-globalisation s’affirme la nécessité d’une stratégie internationale pour l’égalité entre les genres, mais seulement : la situation aux Etats-Unis, qui amènera certaines femmes à voyager dans un autre Etat pour avorter, laissera celles en incapacité financière condamnées à leur sort. L’actualité internationale dramatique autour de l’IVG met en lumière autant qu’elle encourage des inégalités multiformes, de genre, et de classe, la pauvreté touchant considérablement les personnes immigré.es. La constitutionalisation de l’IVG par la France serait un symbole très fort de son engagement pour les droits des femmes, la santé sexuelle et reproductive, et aurait un effet fondamental sur la politique européenne. Après l’élection de la conservatrice maltaise Roberta Metsola à la présidence du Parlement européen, Emmanuel Macron, à sa tribune de président du conseil de l’UE, avait demandé le lendemain la constitutionalisation de l’IVG dans la charte européenne. C’est également une mesure de santé commune à intégrer dans le programme européen : lorsqu’on se penche sur les chiffres (25 millions d’IVG non sécurisés par an dans le monde selon l’OMS), il apparaît avec certitude que la sécurisation de l’avortement et sa légalisation dans le monde permettrait d’éviter des dizaines de milliers de mort.es.

Le déséquilibre des forces nous empêche de nous reposer sur nos acquis

Ce qu’illustre notamment l’actualité aux Etats-Unis, c’est qu’une adhérence majeure d’une population à un principe n’empêche pas son abrogation. Anne-Cécile Mailfert, rappelle qu’en France, si 80% de la population se déclare en faveur d’une constitutionalisation de l’IVG, la menace de mouvements anti-choix, « extrêmement bien organisés », et fortifiés par « des mannes financières qui irriguent les organisations anti-genre et anti-IVG » pèse sur les efforts en faveur du projet. Cette dernière cite entre autres la Fondation Jérôme Le Jeune, principal financeur de la Manif pour tous et de la marche pour la vie. Des attaques juridiques sont faites aux militantes, notamment celles du Planning Familial, des manifestations, des conférences anti-choix sont organisées, et des actions discutables comme celle de l’envoi d’un petit fœtus en plastique à la députée Pascale Martin avant sa défense du projet de loi devant l’Assemblée, qui l’avait adopté. Ce 1 février sera examiné au Sénat la proposition de loi de Mathilde Panot (LFI). Il faudra « mettre la pression sur la droite républicaine sénatoriale », qui constitue le « noyau dur républicain réactionnaire » le plus susceptible de refuser l’adoption du projet souligne la présidente de la Fondation des Femmes. 

Thelma de Saint Albin 50-50 Magazine

Céline Thiebault-Martinez : présidente de la Coordination pour le Lobby Européen des Femmes ( CLEF) Anne-Cécile Mailfert : présidente de la Fondation des Femmes / Chantal Birman : sage femme, autrice/ Enora Malagré : chroniqueuse / Julie Gayet : actrice

Photo de Une © la confédération nationale du planning familial

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