Non classé Un partage des tâches toujours inégal

© La Photo libre

Article publié dans le numéro 312 d’Alternatives économiques, d’avril 2012.

—-

C’est apparemment une bonne nouvelle qui ressort de la dernière enquête de l’Insee sur le partage des tâches domestiques entre hommes et femmes. Les inégalités en la matière se réduisent : il y a vingt-cinq ans, les femmes consacraient chaque jour aux tâches domestiques 3 heures de plus que les hommes, contre 1 h 48 en 2010. Un écart moyen qui s’est donc réduit de 40 %. Si la tendance mérite d’être saluée, la différence qui persiste montre combien l’égalité entre hommes et femmes est loin d’être acquise. D’autant qu’au-delà de ces moyennes, une analyse plus détaillée révèle nombre d’enseignements moins positifs.

Plus 6 minutes pour les hommes

Tout d’abord, la réduction mathématique des écarts ne signifie pas que les hommes participent davantage aux tâches domestiques. En effet, le temps qu’ils y consacrent est resté stable ces vingt-cinq dernières années (+ 6 minutes seulement). La réduction des inégalités s’explique donc beaucoup plus par la baisse du temps consacré par les femmes à ces tâches (66 minutes de moins en un quart de siècle) que par la plus grande implication de leur conjoint.

C’est le noyau dur des activités domestiques qui est de moins en moins chronophage, à savoir la cuisine, le ménage, la gestion du linge et les courses. Cette baisse résulte en particulier de la hausse du taux d’activité des femmes. Avec l’arrivée d’un deuxième salaire, les ménages ont pu s’offrir des « substituts marchands », par exemple l’achat et la livraison de plats cuisinés. La diffusion des appareils électroménagers dans les foyers a également permis d’améliorer la productivité des tâches ménagères.

Parallèlement, le temps de travail des hommes a baissé de 32 minutes sur la même période, sous l’effet conjugué de la hausse du chômage et de la mise en place des 35 heures. Un temps « libéré » qui a été majoritairement alloué aux loisirs, et non à un surcroît d’activité domestique.

Le facteur « enfants »

Par ailleurs, les inégalités dépendent fortement de la structure familiale. C’est dans les couples sans enfant que les différences sont les plus faibles : les femmes dans cette situation passent ainsi 1 h 21 de plus que leur conjoint aux tâches domestiques.

A l’inverse, plus le nombre d’enfants est élevé, plus le partage des tâches est inégal. Une inégalité plus nette encore si un ou plusieurs des enfants ont moins de 3 ans. Les écarts entre hommes et femmes peuvent alors se situer bien au-delà de la moyenne, jusqu’à près de 4 heures ! Les hommes prennent cependant davantage à cœur leur rôle de père : ils consacrent à leurs enfants 9 minutes de plus qu’en 1999. Mais comme l’attitude des femmes suit la même tendance, les écarts sur ce point ne se réduisent pas.

Quant aux tâches ménagères, les hommes ont légèrement augmenté leur participation (+ 4 points). Mais si ce domaine est celui où les inégalités diminuent le plus rapidement, c’est aussi celui où elles restent les plus fortes. Le chemin vers l’égalité entre les sexes est donc encore long.

Vincent Grimault – Alternatives économiques