Portraits Corine Bouchoux: une sénatrice heureuse

De la défense des immigrés aux fastes du Sénat : Corinne Bouchoux, nouvelle sénatrice EELV de Maine et Loire a un long parcours militant.

Elle a l’air cool, la nouvelle sénatrice : cheveux courts et bouclés, silhouette souple de quadragénaire, elle arrive devant le sénat en trombe et pose son casque de vélo pour prendre un café avant une réunion. Malgré son élection en novembre dernier dans la vénérable institution, l’ancienne militante des droits humains, proviseure et mère d’une fille de 22 ans, a gardé son style dynamique. Avec un grand sourire – et un peu d’épuisement -, elle raconte comment elle est arrivée sous les ors de la République.

Une militante touche à tout

« C’est vrai que je me suis toujours engagée pour une cause ! Peut-être est-ce dû à ma mère, une allemande catholique, qui m’a transmis sa révolte devant les injustices. Etudiante à sciences-Po, j’ai voulu faire partie de l’UNEF, mais je me souviens avoir été vite déçue par son fonctionnement : que ce soit avec Harlem Désir, Arnaud Montebourg ou Stéphane Fouks, le rôle d’une fille était principalement de faire le café tandis qu’ils s’occupaient à construire des réseaux ! Alors je me suis tournée vers la Ligue des Droits de l’Homme, où j’ai beaucoup appris (même si, là encore, on m’avait dit le premier jour qu’on recherchait « une secrétaire pour la commission immigrée » !…). C’est aussi là que j’ai rencontré Danièle Lochak, qui m’a entraînée dans le GISTI, une petite association d’aide juridique aux immigrés. Bien que non juriste, je me suis passionnée pour le sujet, car les lois devenaient de plus en plus inhospitalières et je voyais la bureaucratie fabriquer des sans-papiers à tour de bras. A cause de mes origines, je m’identifiai sans doute facilement à ces immigrés. Ce fut en tout cas une formidable leçon de vie ! Même chose avec mon activité, dès l’âge de 19 ans, au Planning Familial en tant que militante de base qui allait aux manif et collait les enveloppes. Toutes ces actions, pour les droits humains en général mais aussi en faveur des femmes, m’ont donné une formation très variée mais centrée sur l’importance du respect des droits de chacun. C’est devenu pour moi un moteur quasi existentiel, qui explique aujourd’hui mon engagement politique ».

Militante dans l’âme, Corinne Bouchoux s’affiche également depuis une dizaine d’années en tant que lesbienne, ce qui fait d’elle aujourd’hui la seule sénatrice ouvertement homosexuelle. Mais pas question de la réduire à cette identité ! « Même si c’est pour moi une espèce d’évidence à le dire aujourd’hui, après un cheminement qui a pris du temps, et même si j’espère pouvoir faire bouger les mentalités sur l’homophobie, mon engagement en politique est différent. Il date du 18 avril 2002, lorsque j’ai vu Jean-Marie Le Pen présent au deuxième tour de la présidentielle, ce jour là je me suis dit qu’il était temps d’y aller. Je me serais bien vue députée européenne, puisque je parle allemand, mais pas députée française, car il est nécessaire d’être un apparatchik pour l’être. Alors, quand on m’a parlé du sénat, je m’y suis tout de suite vue car je crois avoir les qualités pour faire les lois. J’ai donc été choisie pour une liste EELV, mouvement avec lequel j’avais des affinités, et j’ai été investie sans contestation. Illustre inconnue à Paris comme au niveau national du parti, j’avais pourtant peu de chance d’être élue, mais je suis finalement fière d’avoir su prendre ma place et entrer ainsi sur le tard en politique !».

Un poste privilégié pour lutter contre les injustices

Aujourd’hui, après plusieurs mois de travail, la nouvelle sénatrice ne le regrette pas. Malgré le marathon d’une vie quotidienne coupée en deux – trois jours à Paris, trois jours à Angers-, et un rythme très intense de travail, elle avoue s’être « assez vite faite aux rituels » et être aujourd’hui une sénatrice heureuse : « On dit toujours qu’un premier mandat, c’est un apprentissage, et que ce n’est qu’au deuxième qu’on est rodé … Je sais que je ne ferai pas de la politique toute ma vie et souhaite un jour revenir à l’enseignement. Mais en attendant, j’ai à cœur de vivre cette expérience qui me donne l’occasion de lutter contre les injustices à un poste privilégié. Nous faisons les lois – je participe à la commission des lois – et nous contrôlons les deniers publics. C’est un outil magnifique, même s’il est à moderniser et dépoussiérer ! Il faudrait qu’il y ait plus de femmes sénatrices, car elles ne représentent que 22% des élus, et ce n’est pas suffisant. Je me sens minoritaire et réalise parfois une vraie différence culturelle : chez les femmes, le rapport au pouvoir n’est pas le même, il est plus distancié. Les égos surdimensionnés sont plutôt un phénomène masculin ! ».

Moïra Sauvage – EGALITE