DOSSIERS \ Des ''cathos'' qui ont mauvais genre ! \ Monde Jon O'Brien, président de Catholics for Choice (USA) : « Liberté de religion, liberté par la religion »

Basée à Washington, l’organisation Catholics for Choice (CFC) fut fondée en 1973 « pour faire entendre la voix des catholiques qui pensent que la tradition catholique doit aider au développement de droits moraux et légaux pour la femme, pour qu’elle puisse agir en fonction de sa propre conscience dans les domaines de la sexualité et de la reproduction ». Elle est implantée au Canada et dans de nombreux pays d’Amérique latine, en particulier, depuis les années 1990, au Mexique, Brésil, Bolivie, Argentine, Chili et Colombie.

CFC veut donner la parole à la grande partie des catholiques en désaccord avec la position de l’Église catholique romaine sur les sujets relatifs aux droits sexuels et reproductifs et montrer, partout, la « vraie vie » des catholiques.
L’organisation est dirigée depuis 1996 par Jon O’Brien. D’origine irlandaise, il évoque dans l’entrevue qu’il a accordée à 50/50 ce que sa mère inculquait à ses frères et lui-même, que la justice sociale primait sur les enseignements officiels de l’Église. Il a travaillé pour l’Irish Family Planning Association puis, à Londres, au moment de la sortie des pays d’Europe de l’Est du communisme, comme directeur de programme auprès de l’International Planned Parenthood Federation pour y développer des centres de planning. En Pologne et en Lituanie, en particulier il a pu constater la souffrance générée par une fausse interprétation de la religion.
Un an après l’encyclique Humanae Vitae (1968) selon laquelle la sexualité conjugale devait être entièrement tournée vers la procréation, une étude affirmait déjà que 44  % des femmes pratiquantes catholiques en âge de procréer utilisaient déjà des moyens « artificiels » de contraception. Aujourd’hui, le slogan choc de Catholics for Choice est : « 99 % des femmes catholiques utilisent des moyens contraceptifs » (aux USA , d’après une étude gouvernementale). O’Brien nous précise que le taux d’avortement des catholiques américaines est identique à celui des femmes des autres communautés.
L’invisibilité des femmes dans l’Eglise
Le Synode des Evêques qui se tient actuellement au Vatican jusqu’au 19 octobre 2014, et le second depuis 1980 à porter sur la famille, donne à Jon O’Brien l’occasion d’exposer ses critiques de la hiérarchie catholique : sur les 253 participants du synode, dont tous ne sont pas évêques, seuls 192 votent, et les catholiques « ordinaires » ne sont pas représentés. Dans la délégation américaine ne figure aucune femme.
Même si le pape François a marqué un changement dans le ton des déclarations du Vatican, ce qui est bienvenu et l’a rendu plus « aimable », « même s’il évite de blesser les croyant-e-s par des condamnations verbales, le Pape, n’effectue aucun changement sur le fond, et en particulier sur la condamnation à la contamination par le sida et à la mort pour d’immenses parties de la population du monde, en premier lieu les défavorisés du continent africain ». Dans le passé, ajoute-t-il « les laïcs n’ont jamais été entendus. Il est donc à prévoir qu’aucun changement de doctrine ne puisse intervenir, si l’Église n’accepte pas de les écouter. » Et d’évoquer à plusieurs reprises la nécessité que l’Église soit plus accueillante envers les personnes LGBT de tout âge.
Jon O’ Brien continue cependant à espérer un changement dans les institutions ecclésiales, car, nous répétera-t-il, le problème n’est pas chez les croyant-e-s, il est dans la hiérarchie : « l’Église n’est pas représentée par les évêques, elle est l’image des croyant-e-s qui la composent. Or elles-ils savent très bien comment elle-ils doivent vivre leur foi et n’ont pas besoin qu’on leur dicte des règles. Une hiérarchie patriarcale corrompt les sentiments et les croyances des catholiques pour la faire correspondre à leurs propres idées reçues, bien souvent situées en dessous de la ceinture… ». Il craint qu’en France on perde de vue le fait que la religion, c’est d’abord la liberté de conscience et la recherche de la justice sociale.
Ces valeurs de Catholics for Choice, selon son président, sont aussi celles du mouvement féministe avec lequel il entretient de proches relations même si les chemins empruntés sont parfois différents.
Quant au mariage des prêtres ou l’ordination des femmes, ce ne sont pas des mots d’ordre prioritaires de CFC, l’essentiel étant que les femmes soient considérées comme égales dans l’institution et y fassent leur chemin, ce qui ne fera que l’enrichir. Par ailleurs, l’intégration des prêtres déjà mariés fait partie des revendications du mouvement.
Mais, conclut Jon O’Brien, outre les résistances internes, « nous nous heurtons au manque de courage des hommes politiques auxquels nous nous adressons ».
Monique Vezinet 50-50
 
Plus d’infos 
Aux USA, les droits religieux au-dessus des droits individuels et sociaux ?
Le combat de Catholics for Choice se comprend mieux à la lumière de l’un de ses récents combats, pour dénoncer le jugement prononcé, le 30 juin 2014, par la Cour Suprême des Etats-Unis. Celle-ci a donné raison à Hobby Lobby, une société employant quelque 13 000 personnes créée par une famille de fondamentalistes chrétiens, qui refusait à ses bénéficiaires la couverture sociale pour certains contraceptifs, assimilés à des méthodes abortives. La réglementation de la réforme de santé dite Obamacare, votée en 2011, impose effectivement aux entreprises, entre autres obligations, de souscrire une assurance santé couvrant notamment les moyens de contraception des employés.
Hobby Lobby a obtenu que cette dérogation réservée en principe aux seules Eglises lui soit également appliquée, en raison des convictions de ses dirigeants. Ce faisant, l’arrêt de la Cour suprême autorise par extension toutes les entreprises, dans un pays où l’assurance-maladie dépend en partie des employeurs, à ne pas prendre en charge le coût des méthodes de contraception dans leur régime d’assurance–maladie quand elles ont contracté une assurance de prise en charge des dépenses de santé de leurs employés.
Cet arrêt, salué notamment par la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, crée un précédent grave en plaçant les droits religieux au-dessus des droits individuels — en particulier les droits des femmes ­— et en édictant que la liberté religieuse s’applique aussi bien aux individus qu’aux entreprises. En viendra-t-on à voir des dirigeants de sociétés, en particulier dans des entreprises de petite taille, imposer à leurs travailleurs et employés leur propres convictions personnelles et gérer ainsi impunément leurs ressources humaines au gré de leurs choix éthiques et religieux, protégés par le 1er Amendement et la lecture qu’en fait aujourd’hui la Cour suprême ?

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