Articles récents \ France \ Société À Paris, des intégristes organisent une prière anti-IVG dans l’espace public

Après avoir été chassé-e-s du centre IVG Tenon, les militant-e-s anti-avortement de SOS tout-petits s’en prennent à celui de Port-Royal : ils organisent à nouveau, ce samedi 30 mai, un rassemblement, appelant à «venir prier à proximité de l’hôpital Port-Royal». Des organisations de défense des droits sexuels et reproductifs, des syndicats et des partis de gauche appellent à un contre-rassemblement pour empêcher cette manifestation d’intégrisme religieux dans l’espace public.

«L’avortement, c’est un droit, c’est un choix !», c’est sur ce mot d’ordre que les organisations signataires de l’appel à un contre-rassemblement pour défendre les droits sexuels et reproductifs et la liberté des femmes à disposer de leur corps seront présentes samedi 30 mai, afin de contrer la «prière publique de réparation, d’intercession et de conversion» des intégristes anti-IVG de SOS-tout-petits.

En 2015, le droit à l’avortement est toujours la cible privilégiée des idéologies réactionnaires en Europe. On se rappelle des tentatives du gouvernement espagnol l’an passé. En France, le 20 mai dernier, un député d’extrême-droite, également maire d’Orange, a déposé une proposition de loi à l’Assemblée nationale, visant à culpabiliser les personnes ayant recours à une interruption volontaire de grossesse. Ce personnage avait également prononcé un discours à l’occasion des 40 ans de la loi Veil pour demander «pardon» à plusieurs reprises, «devant l’ensemble des enfants qui ne naîtront pas».

«La femme, c’est l’enfant, le foyer, la permanence, l’éducation»

Les actions des anti-IVG ont déjà été dénoncées à de multiples reprises. En 2012 déjà, Arlette Zilberg avait adressé deux lettres ouvertes pour faire cesser les rassemblements anti-IVG devant l’hôpital Tenon. (Lire l’article dans nos archives) Les anti-IVG ont manifesté à 17 reprises depuis 2011 devant cet hôpital.

Sur le site de SOS-tout-petits (dont on vous déconseille la fastidieuse lecture), on apprend notamment que «la Révolution sexuelle a remodelé la société et la biologie. Divorce (1884), parodie du mariage (PACS, 1999) ouvert aux homosexuels, nécessairement inféconds, femme au travail, enfants à la crèche, famille volant en éclats, confusion et parité des sexes.» Il y est écrit aussi: «Satan s’est adressé à Ève plutôt qu’à Adam, parce que la femme, c’est l’enfant, le foyer, la permanence, l’éducation. Qui tient la femme, tient la société.» Le reste de leur prose est à l’avenant.

Le site de l’association reposte également des tribunes, comme celle d’un évêque aux armées. Luc Ravel critique, tout en modération, «l’idéologie de la bien-pensance qui fait chaque année 200 000 victimes dans le sein de leur mère. L’IVG devenue droit fondamental est une arme de destruction massive.» Quant au design du site, il rappelle l’internet du vingtième siècle. «La forme, c’est le fond qui remonte à la surface » comme disait Victor Hugo. Pas de mystère.

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Un des 17 rassemblements des intégristes anti-IVG, devant l’hôpital Tenon (Paris, 20ème arrondissement)

Pour les organisations appelant au contre-rassemblement pro-IVG, «ce genre de discours paternaliste et moralisateur repose sur l’idée selon laquelle les femmes ne seraient pas capables de savoir ce qu’elles font et ce qu’elles veulent. Ce rassemblement est un moyen de signifier aux réactionnaires de tout poil, qui ont pris confiance avec les «manifs pour tous», que les forces progressistes seront toujours là face à eux et ne les laisseront pas promouvoir le sexisme, l’homophobie et le racisme.»

Une prière publique autorisée par les services de l’État

La « manifestation statique » de SOS tout-petits a bien été autorisée par la Direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris, en dépit d’indices évidents du caractère religieux du rassemblement. La préfecture de police n’est-elle pas au courant que les militant-e-s anti-IVG comptent prier dans la rue, au mépris de la laïcité républicaine ?

Quant au contre-rassemblement «pour le droit à l’avortement, pour des moyens à la hauteur des besoins dans le secteur de la santé, et contre l’extrême-droite», il a été normalement autorisé. Samedi 30 mai, il y aura probablement du grabuge à Port-Royal. Et il y en aura peut-être également le 13 juin, date à laquelle les anti-IVG comptent récidiver. Si les pouvoirs publics les y autorisent à nouveau.

 

Guillaume Hubert, 50-50 Magazine

 

Liste des organisations signataires de l’appel au contre-rassemblement du samedi 30 mai à 14h à Port-Royal (RER B): PG Paris 5-6-7, PG Paris 14è, Solidaires Etudiant-e-s ENS, Sud Santé Cochin, NPA ENS, NPA EHESS, NPA 14è, Garces, ARF, CAPAB, Les ef-FRONTées, EELV 14è, LDH Paris 14/6, Ensemble Paris 14/15.

Image à la Une : tract de Sos tout-petits pour les manifestations du 30 mai et du 13 juin.

 

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