DOSSIERS En Turquie, le gouvernement persécute les féministes et les militant·e·s LGBT

Nevin Öztop, militante féministe, LGBT, de la minorité turque des Alévis, travaille dans un organisme de gestion participatif des fonds nommé FRIEDA en Turquie. Elle présente la situation politique, juridique et sociale de son pays sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Quelle est la situation des droits des femmes en Turquie, sous le gouvernement Erdogan ?

Tout d’abord je voudrais dire que je suis une femme lesbienne de la minorité des Alévis. Mon identité a toujours dérangé les autorités turques. La majorité des politiciens sont musulmans sunnites et mon identité les dérange. Ils sont conservateurs et autoritaristes.

Les femmes ont été les premières cibles du gouvernement. En ce moment, le nombre de crimes de haines et de féminicides est exponentiel. Je crois que la Turquie a un des taux de féminicides le plus haut du monde. Les femmes sont assassinées par un de leurs proches, ce peut être une frère, un mari, un partenaire. A cela il faut rajouter la violence policière envers les femmes qui s’expriment ou qui participent à des assemblées. Le gouvernement, la police, l’armée, les médias favorables à Erdogan, travaillent ensemble pour oppresser les femmes, les LGBT et les minorités religieuses. Quand on parle de la Turquie, il faut prendre en considération les problèmes rencontrés par les minorités opprimés par l’armée.

 

Quelle la situation des minorités religieuses et de la communauté LGBT sous Erdogan ?

Membre de la communauté Alévis, minoritaire en Turquie, quand j’étais plus jeune ma mère me répétait tout le temps de ne pas le dire à mes camarades de classes. Aujourd’hui, je comprends pourquoi. Il y a véritablement une culture du communautarisme en Turquie. Les gens restent entre eux.

Je suis lesbienne, ce n’est pas facile en Turquie. Erdogan est dans le déni, il a tenu une conférence dans laquelle il disait qu’il ne pouvait pas y avoir de violation des droits des LGBT en Turquie, car il n’y avait pas de LGBT sur son territoire ! En théorie, ce n’est pas illégal d’être gay/lesbienne, mais la réalité est telle que c’est tout comme.

L’état d’urgence, a permis à Erdogan de suspendre la Constitution. Il l’a fait grâce à un supposé coup d’état qui aurait eu pour but de renverser la démocratie. Il y a également eu un référendum qui a transféré le pouvoir du Parlement vers le Président Erdogan. Depuis, des femmes politiques kurdes ont été arrêtées et emprisonnées pour de soit disant actes de terrorisme.

Les gouvernements de l’UE doivent mettre une pression économique sur Erdogan pour que les droits des femmes, des LGBT, et des minorités soient respectés en Turquie. L’UE doit cesser de conclure des contrats, de passer des marchés avec un Etat qui viole les droits fondamentaux des êtres humains.

 

Propos recueillis par Mailys ARDIT 50-50 Magazine

Photo Zahra Agsous