Articles récents \ France \ Sport France Journée internationale du sport féminin, encore un effort contre le sexisme !

Depuis 2014, le 24 janvier marque la journée internationale du sport féminin. Cet événement apparaît indispensable pour promouvoir la pratique du sport pour les femmes et les filles au même titre que leurs homologues masculins. 

« Avec des gestes si délicats, au bout de doigts si fins, on peut comprendre que certains rêveraient d’être à la place de la balle » affirmait en 2019 le journaliste Michel Izard lors de la Coupe du monde féminine de football. Ses propos sexistes et misogynes n’avaient pas manqué de choquer les téléspectatrices/téléspectateurs. 

A l’heure actuelle, de nombreuses sportives professionnelles françaises excellent dans leur discipline. En judo par exemple, Clarisse Agbegnenou est la judokate française la plus titrée de l’histoire. Elle a été sacrée quatre fois championne du monde, cinq fois championne d’Europe et médaillée d’argent aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. D’autres judokates françaises brillent également : Madeleine Malonga, Marie-Ève Gahié, Margaux Pinot… En ce qui concerne la boxe, comment ne pas citer Estelle Mossely ? Elle est devenue la première boxeuse française à décrocher l’or aux Jeux Olympiques et la première à devenir championne du monde après un titre olympique. La skieuse alpine Tessa Worley est, quant à elle, double championne du monde en slalom géant et mixte. Enfin, Pauline Ferrand-Prévot est devenue, à 23 ans, la première cycliste de l’histoire à cumuler les trois titres de championne du monde sur route, de cyclo-cross et de VTT cross-country (discipline pour laquelle elle est également championne d’Europe).

Les françaises se distinguent aussi dans le sports collectifs comme le handball (championnes d’Europe, deux fois championnes du monde et médaillées d’argent aux Jeux Olympiques de Rio en 2016), le basket (deux fois championnes d’Europe et médaillées d’argent aux Jeux Olympiques de Rio en 2016), ou encore le rugby (six fois vainqueures du tournoi des Six Nations).

La France rayonne donc dans plusieurs disciplines grâce à ces sportives, de quoi nous rendre fières/fiers ? Apparemment pas…

Un désamour pour le sport féminin lié aux stéréotypes de genre

Dès l’enfance, les filles intègrent l’idée qu’elles ne sont pas faites pour le sport. En effet, le dynamisme et les performances physiques sont associés aux garçons. Au contraire, il est attendu des filles qu’elles soient calmes, douces et posées. Cela se traduit par les habits que les enfants portent : alors que les garçons sont en survêtement et en basket, les filles sont plus souvent en jupe et en sandales, ce qui restreint leurs mouvements. Les stéréotypes de genre, véhiculés à travers la socialisation primaire des enfants, les conditionnent très tôt, si tôt qu’il est séduisant de penser, à tort, que ce sont des caractéristiques innées. Les filles qui aiment le sport sont alors considérées comme des “garçons manqués”, ce qui en dit long sur nos préconceptions genrées.

Dans les magasins de sport, en plus de distinguer les rayons pour filles et pour garçons, des injonctions tacites sont véhiculées par les vêtements de sports et matériels sportifs, notamment à travers leurs designs. Par exemple, les vélos destinés aux petits garçons incitent à la compétition et à l’exercice physique. Les vélos destinés aux petites filles offrent la possibilité de mettre un poupon derrière elles, pour les conditionner, dès le plus jeune âge, à la maternité.

Les espaces dédiés au sport, des lieux pensés par et pour les hommes

Les choix dans l’aménagement de l’environnement relayent et construisent la masculinité. « 75% des budgets publics destinés aux loisirs des jeunes profitent aux garçons » (1). Les terrains vagues restent par exemple des espaces très masculinisés. Les cours de récréation révèlent aussi les inégalités de genre : souvent, les terrains de foot prennent la moitié de la cour. Parfois présentes en tant que spectatrices passives ou, au mieux, supportrices, les filles sont de fait exclues. C’est à ce titre quHélène Bidart, adjointe à la mairie de Paris, chargée de l’égalité femmes/hommes et de la jeunesse, affirmait en janvier 2020 : « au lieu de construire un terrain de foot en goudron, qui prend 80 % de l’espace de la cour d’école, avec uniquement des garçons qui jouent dedans et des filles qui sont derrière des arbres, on remanie ces espaces. »

La masculinisation de ces microcosmes est aussi consolidée par les politiques publiques : « la ville est marquée par la masculinité et elle contribue en même temps à (re)produire de la masculinité » affirme l’autrice et podcasteuse Victoire Tuaillon. Cela contribue dès le plus jeune âge à exclure les filles des stades, gymnases, et autres lieux dédiés à la pratique sportive et renforce le sexisme dans le sport.

Lutter contre les stéréotypes de genre en multipliant les role models

Selon le CSA, en 2016, 16 à 20% du temps d’antenne était consacré au sport féminin. La présence de role models féminins est pourtant cruciale. Les sportives, qu’elles soient amatrices et professionnelles, remettent en question les stéréotypes de genre. Par exemple, avoir un corps musclé qui transgresse les normes de beauté genrées montre que l’on peut réinventer une féminité sportive

Le 7 décembre dernier, le Comité International Olympique (CIO) annonçait la parité parfaite sur les 10 500 athlètes qualifié·es et ce, pour la première fois de l’histoire des Jeux Olympiques. On peut donc espérer que la représentation médiatique tende vers plus d’égalité entre le sport féminin et masculin dans les années à venir. 

Malheureusement, des problèmes de fond subsistent : certains sports restent très masculinisés, les inégalités financières entre sportives et sportifs se maintiennent… Il faudra encore du temps pour faire bouger les lignes mais les mentalités, elles, ont déjà commencé à évoluer. 

Chloé Vaysse et Maud Charpentier, 50-50 Magazine

(1) Victoire Tuaillon, Les Couilles sur la table, Ed. Binge Audio, 2019.

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