DOSSIERS Baya, l’artiste algérienne qui rendait hommage aux femmes

Fatma Haddad, Baya de son nom d’artiste, est une icône de la peinture moderne algérienne. Elle est née en 1931 en Algérie et meurt en 1998, laissant derrière elle un héritage faramineux pour l’art moderne algérien. Entourée et inspirée par les femmes, elle en fera avec ses Jardins un sujet coloré, abstrait et captivant.

Orpheline dès son plus jeune âge, elle est recueillie par sa grand-mère et travaille avec elle dans les champs avant de rencontrer Marguerite Caminat, sœur du propriétaire de la ferme pour laquelle travaillent Baya et sa grand-mère. Elle est peintre et initiera Baya à la sculpture et au dessin. Le sculpteur Jean Peyrissac, à qui Marguerite a confié quelques œuvres de la jeune artiste, présente ses essais à Aimé Maeght lors de son passage à Alger. Ce dernier organise une exposition dans sa galerie en 1947, attirant l’attention des membres du mouvement surréaliste. Elle fait sa première exposition à 16 ans et en 1948, Baya conçoit des poteries et des céramiques à l’atelier Madoura à Vallauris, où elle croise le chemin de Picasso. Elle se tourne ensuite vers la peinture à l’aquarelle sur papier. Des silhouettes de femmes parées de fleurs, des oiseaux aux plumages exubérants, une fusion entre les robes et les ailes : tels sont les thèmes récurrents qui jalonnent son œuvre. Baya n’est pas seulement artiste, elle est muse et inspire entre autres André Breton, Matisse et Picasso. L’écrivaine Assia Djebar, est également captivée par ses travaux.

Baya n’a pas souhaité s’identifier à un courant artistique, estimant que la lentille contemporaine occidentale de l’époque était orientaliste. Son œuvre est avant tout inspiré par son enfance et son quotidien et se distingue par une esthétique singulière, empreinte de couleurs vives et de motifs biomorphiques. En explorant les frontières entre l’expression traditionnelle et les tendances modernes, Baya crée un langage visuel hypnotique qui mélange l’abstraction avec la figuration d’une manière tout à fait remarquable. Ses compositions audacieuses et organiques captivent l’œil des spectatrices /spectateurs, les transportant dans un univers onirique où la réalité se fond dans l’imaginaire.

À travers ses peintures, céramiques et tapisseries, Baya transcende les limites de la forme et de la couleur pour révéler une profondeur émotionnelle et narrative qui résonne avec une sensibilité contemporaine.

Après son mariage avec le musicien Andalou Mahfoudh Mahieddine, Baya a interrompu sa pratique artistique pendant un an, ne reprenant ses pinceaux qu’à la fin des années 1960. Les raisons de cette pause sont diverses : certain·es évoquent sa solidarité avec la révolution en Algérie, tandis que d’autres mentionnent son dévouement à l’éducation de ses enfants. Quelles qu’aient été ses motivations, cette période d’arrêt était temporaire. Dès les années 1960, elle a renoué avec la création artistique et a produit des œuvres jusqu’à la fin de sa vie.

Malgré plusieurs tentatives de récupération, Baya demeurait fidèle à sa patrie. Dans les années 90, période trouble de l’Algérie durant laquelle une guerre civile avait débuté, Baya a refusé l’asile politique vers la France et a souhaité rester là où tout a commencé.

Aujourd’hui encore, le travail de Baya est célébré. Rien qu’en 2023, deux expositions à l’Institut du Monde Arabe et à la Vieille Charité de Marseille ont eu lieu. La responsable des expositions de l’institut du Monde Arabe Nathalie Bondil confie dans une interview accordée à TV5 Monde “Les thèmes de prédilection de Baya sont assurément les femmes. C’est un sujet et un motif iconographique important pour elle. Elle a perdu sa mère dont elle était proche assez jeune et est elle-même très proche de ses enfants. Dans ses peintures, elle dépeint souvent les femmes dans une nature enchanteresse, comme pour les célébrer”

Sonia Gassemi 50-50 Magazine

 

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